International Accusé de tous les maux, le parti nationaliste du Premier ministre Gruevski remporte une courte victoire aux législatives.  

Jovan refait les comptes sur une feuille de papier, puis secoue la tête de dépit. L’image de la télévision du restaurant vacille un peu mais la réception est suffisamment claire pour entendre le chargé de communication de la Commission électorale débiter mécaniquement le nombre de députés remporté par les différents partis de Macédoine, dans chacune des six circonscriptions du pays. Il aura fallu 24 heures pour obtenir les résultats définitifs des élections législatives de dimanche. Et pour beaucoup, ils ont un goût amer. "Ils gardent le pouvoir et le pays va encore plus s’enfoncer dans la misère. Ils n’ont rien à faire de l’intégration européenne, mais vont continuer à mettre la Macédoine en coupe réglée", lâche le serveur en tirant longuement sur une cigarette. "La seule solution que je vois, c’est de partir à mon tour à l’étranger".

Au pouvoir depuis dix ans, les nationalistes de l’Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure - Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne (VMRO-DPMNE) et son chef Nikola Gruevski - ont en effet réussi à sauver leur tête, obtenant 51 sièges des 120 du Parlement, deux de plus que les sociaux-démocrates du SDSM qui avaient, un peu trop tôt, fêté dès dimanche soir leur "victoire" dans les rues de Skopje. Malgré les scandales à répétition qui touchent le pouvoir depuis plusieurs années, malgré les multiples preuves révélant un système généralisé de corruption, malgré les entraves répétées à la bonne marche de la justice et les attaques constantes contre la liberté de la presse. "La situation économique est tellement mauvaise qu’il suffisait de glisser 100 euros pour acheter une famille quelques jours avant le scrutin", lâche le journaliste Borjan Jovanovski, directeur de l’une des rares télévisions d’opposition.

Beaucoup d’Albanais n’ont pas voté selon le critère ethnique

La participation, qui a atteint le niveau, exceptionnel pour le pays, de 66 % des inscrits, a principalement bénéficié à l’opposition sociale-démoc rate, qui avait ouvert ses listes à des militants de la "révolution des couleurs", cette insurrection citoyenne qui a embrasé la Macédoine le printemps dernier. Avec 49 députés, ils font pratiquement jeu égal avec le parti au pouvoir, moins de 20 000 voix séparant les deux formations. Le SDSM présentait aussi plusieurs candidats albanais, et nombre d’électeurs de cette communauté - qui représente un quart de la population totale du pays - ont voté pour l’opposition, qui obtient des scores jamais atteints dans de grandes villes majoritairement albanaises comme Tetovo et Gostivar.

Les partis albanais "ethniques" n’auront plus que 20 sièges contre 27 dans la précédente assemblée et perdent près de 30 000 voix, malgré la hausse de la participation. "Le désir de changement était le plus fort. Beaucoup d’électeurs albanais ont montré qu’ils étaient prêts à franchir les barrières ethniques qui divisent notre société depuis l’accession à l’indépendance, en 1991. Ils ont sauvé l’honneur de la démocratie macédonienne", poursuit Borjan Jovanovski. Dans le camp albanais, l’Union démocratique pour l’intégration (BDI) est le plus grand perdant. L’image du parti a été profondément ternie par l’implication de son dirigeant, Ali Ahmeti, dans la tragique opération "antiterroriste" de Kumanovo, en mai 2015.

VMRO-DPMNE et BDI devraient reconduire l’alliance qui les unit depuis 2008 mais, avec une seule voix de majorité (61 députés sur 120), leur gouvernement risque d’être très fragile, alors qu’il devra faire face à des dossiers difficiles, comme la reconduction du mandat du Procureur spécial chargé d’enquêter sur les affaires de corruption.