International

Deux traités y contribuent, mais l’un est largement boycotté, l’autre n’est pas entré en vigueur.  

Au lendemain du discours incendiaire de Donald Trump à l’Onu, la communauté diplomatique restait sous le choc. Jamais un président américain (ou un autre chef d’Etat) n’avait, devant l’Assemblée générale des Nations unies, explicitement menacé de "détruire totalement" non pas un régime politique, mais un pays tout entier. S’agissant d’une déclaration mûrement réfléchie, et compte tenu de la personnalité du président américain, ce qui aurait pu passer pour un dérapage sans réelle conséquence est, au contraire, envisagé avec une grande inquiétude.

C’est donc à un moment qui n’aurait pas pu être plus opportun qu’une cinquantaine de pays ont signé mercredi, au siège new-yorkais de l’Onu, le Traité portant interdiction des armes nucléaires (TPNW) qui avait été adopté, le 7 juillet, par 122 Etats membres. Le président brésilien, Michel Temer, a été le premier à apposer sa signature sur le document, qui entrera en vigueur une fois ratifié par cinquante pays.

Organisée à 8 heures du matin dans la salle du Conseil de tutelle, la cérémonie n’aurait pas pu être plus discrète. Sans doute parce qu’il ne fallait pas gonfler l’importance d’une initiative appelée à rester symbolique, et pour longtemps. Les puissances nucléaires du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni) et les autres nations possédant ou censées posséder l’arme atomique (Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord) n’entendent pas signer ce traité, pas plus que les vingt-neuf membres de l’Otan dont la Belgique. Le Japon, pourtant seul pays à ce jour à avoir subi le feu nucléaire, ne le fera pas davantage.

Le déploiement des armes américaines

Dans un communiqué empreint d’un perceptible agacement, l’Alliance atlantique récuse un traité qui "ignore les réalités de l’environnement de sécurité international, de plus en plus complexe". Comme le texte proscrit non seulement le développement et l’utilisation (ou la menace d’utilisation), mais aussi le stockage d’armes nucléaires, les membres de l’Otan devraient renoncer au déploiement sur leur sol des armes américaines, un choix impossible, notamment pour la Belgique.

La Coalition belge contre les armes nucléaires a condamné la position de notre pays, en l’invitant à se défaire des armes dont les Etats-Unis sont réputés disposer sur la base militaire de Kleine-Brogel. Le gouvernement belge, dans le sillage de l’Otan, renvoie cette éventualité aux calendes grecques puisque, rappelle l’Alliance dans son communiqué, "aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’Otan restera une alliance nucléaire".

Quel message à la Corée du Nord ?

Les Alliés invoquent "en particulier la grave menace que représente le programme nucléaire nord-coréen" pour justifier le maintien de la dissuasion, une analyse que partage le Japon. Or, loin de ramener enfin Pyongyang à la table de négociation, le discours de Donald Trump à l’Onu ne peut qu’encourager une escalade dans la péninsule coréenne.

La volonté du président américain de dénoncer l’accord conclu en 2015 avec l’Iran - pays qui, lui, a voté en faveur du TPNW en juillet et devrait par conséquent le ratifier - ne peut que renforcer Kim Jong-Un dans son impression qu’il serait imprudent de négocier l’abandon de son programme militaire puisqu’il suffit d’un changement de locataire à la Maison-Blanche pour que les Etats-Unis renient leurs engagements.

La Belgique coprésidente pour deux ans

C’est, dès lors, dans un climat plutôt plombé que, mercredi également, la Belgique a accepté "avec enthousiasme", pour un mandat de deux ans, la coprésidence, avec l’Irak, de la dixième conférence ministérielle destinée à faciliter l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT). Ouvert à la signature des Etats membres de l’Onu lors de l’Assemblée générale de septembre 1996, ce traité n’est, en effet, toujours pas entré en vigueur, faute d’avoir été ratifié par tous les pays qui, à l’époque, possédaient des réacteurs nucléaires. Sur les 44 pays concernés, manquent toujours à l’appel les Etats-Unis, la Chine, l’Egypte, Israël et l’Iran. Trois pays n’ont par ailleurs jamais signé ce traité : l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord.