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Tout un symbole : les Vingt-sept ont déjà anticipé l’après-Brexit, en votant pour les villes-hôtes qui accueilleront l’Agence européenne des médicaments et l’Autorité bancaire européenne, actuellement basées à Londres, après le 29 mars 2019. Dans le même temps, les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur les principaux processus de séparation sont dans une impasse.

Les négociateurs européens attendent, désespérément, des précisions sur la façon dont le Royaume-Uni envisage le règlement de ses engagements financiers envers l’Union. Ils veulent boucler dès que possible le sujet des droits post-Brexit des ressortissants des Vingt-sept installés au Royaume-Uni - sujet lié à celui des droits des Britanniques installés dans l’Union. Ils voudraient, enfin, savoir comment Londres entend régler le casse-tête de la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord.

Le retour d’une frontière

Ce n’est pas le sujet le moins épineux. Il faut, en premier lieu, préserver l’Accord du Vendredi Saint qui, en 1998, a mis fin au conflit nord-irlandais. L’objectif des deux parties est d’éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande, membre de l’Union européenne, et l’Irlande du Nord, partie du Royaume-Uni. Actuellement, 30 000 personnes traversent quotidiennement les cinq cents kilomètres de frontières entre les deux Irlande. Par ailleurs, les économies irlandaise et nord-irlandaise sont très étroitement imbriquées, tandis que les accords de coopération entre le Sud et le Nord se comptent par centaines. "La seule manière" d’éviter l’érection d’une nouvelle c’est que "le Royaume-Uni en entier ou l’Irlande du Nord continuent d’appliquer les règles de l’Union douanière et du marché unique", a déclaré vendredi dernier le Premier ministre irlandais Leo Varadkar vendredi, en marge du sommet européen social de Göteborg.

Le Royaume-Uni ayant décidé de se retirer de l’une comme de l’autre après le Brexit, l’Union n’aurait en effet d’autre choix que de réinstaller des contrôles aux frontières, au moins pour ce qui concerne les marchandises venant du Nord. Mais de son côté, le Royaume-Uni ne souhaite pas de règles spécifiques pour l’Irlande du Nord, qui, selon Londres, nuirait au marché intérieur britannique. Le serpent se mord la queue. "Il appartient à ceux qui ont voulu le Brexit de proposer des solutions", a insisté le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, Michel Barnier, vendredi, dans un discours prononcé devant le Centre For European Reforms à Bruxelles.

Pas de progrès en vue du sommet de décembre

Lors du même discours, Michel Barnier a laissé entendre que l’Union européenne serait prête à conclure avec "le plus ambitieux" des accords commerciaux avec Londres. Mais pas à n’importe quelles conditions. Le Royaume-Uni souhaite-t-il "rester proche du modèle européen ", en termes de règles et de normes "ou choisira-t-il de s’en écarter progressivement ? Sa réponse à cette question sera importante et même décisive, parce qu’elle o rientera la discussion sur notre futur partenariat", a averti M. Barnier.

Mais de toute façon, avant même d’envisager de discuter de ce sujet, les Vingt-sept veulent que des progrès suffisants aient été accomplis dans la phase 1 du Brexit. Or, on est loin du compte. Aussi, le ministre estonien Matti Maasikas, qui présidait le Conseil Affaires générales ce vendredi, à Bruxelles, a indiqué les ministres des Vingt-sept n’avaient même pas ouvert les discussions internes sur la phase de transition après le Brexit, ni sur la future relation avec le Royaume-Uni. "Les prochaines semaines seront décisives", a déclaré M. Maasikas. Les leaders européens doivent décider, lors du sommet des 14 et 15 décembre, s’il est opportun de passer à la phase 2 des négociations.

Mais les progrès des négociations sont tellement lents, que les Européens ne cachent plus leurs doutes quant à la possibilité de conclure, dans les temps, un accord sur le Brexit avec Londres. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), a dit craindre "que nous ne devions tenir compte, à un certain moment, d’une situation où on n’aurait pas d’accord".