International Correspondant permanent à Paris

Fureur de l’UMP et des autorités municipales de Calais, lundi, au lendemain des incidents déplorés dans cette ville du nord de la France. Le collectif altermondialiste "No Border" y avait installé, dans un hangar, "un lieu de résistance et de création" ouvert aux migrants, afghans notamment. Dimanche, ce hangar et ses visiteurs ont été évacués par les CRS. Paris, en effet, veut à tout prix éviter la reconstitution d’une "Jungle", du nom du grand campement de migrants qui, l’automne dernier, avait été démantelé dans cette région.

Lundi, le ministre (ex-PS) de l’Immigration, Eric Besson (photo), a fustigé les agissements des activistes de "No Border", qu’il a qualifiés "de militants violents d’extrême gauche" . La maire (UMP) de Calais, Natacha Bouchart, a déploré "la situation générée par des irresponsables venus de l’extérieur, qui perturbent la tranquillité des Calaisiens" .

"Il est temps que cessent les manipulations de migrants par les associations altermondialistes qui se servent de la misère humaine pour défendre leur idéologie extrémiste !" , a tempêté le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefèbvre. Qui veut que "certaines associations ou pseudo-associations rendent des comptes à la Justice" . En campagne dans le Calaisis pour les élections régionales de mars, la frontiste Marine Le Pen, quant à elle, a exigé ni plus ni moins que "la dissolution des "No Border", qui facilitent l’immigration clandestine par des actions violentes et illégales" .

"No Border" - qui, lundi, n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien - est un collectif transfrontalier créé en 2000, qui réunit des activistes français, mais aussi belges et britanniques. Il milite "contre la répression croissante contre les migrants" . Revendique "la liberté de circulation pour tous et toutes" , la fermeture des centres de rétention administrative, et "la fin des frontières et des contrôles migratoires" . Et appelle "à un mouvement radical contre les systèmes de contrôle qui nous divisent entre citoyens et non-citoyens, entre avec et sans papiers" .

L’été dernier, avec le soutien de la section locale du parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot, les "No Border" avaient installé "un camp" dans le Calaisis, où flottaient des banderoles proclamant "le libre-échange tue, liberté de mouvement pour tous" . Ils figuraient aussi parmi les militants associatifs qui avaient vainement tenté de s’opposer physiquement au démantèlement de la "Jungle" par les forces de l’ordre. Dimanche, ses activistes ont été relâchés après voir été brièvement interpellés pour, selon la préfecture, faits "d’ hébergement d’étrangers en situation irrégulière" et "violences et outrages" envers les policiers.

Ces dernières années, la lutte contre "l’ultragauche, mouvance anarcho-autonome" , di-xit la ministre de l’Intérieur puis de la Justice Michèle Alliot-Marie, a été érigée en priorité par les autorités policières et judiciaires françaises. Les "No Border" sont-ils considérés comme appartenant à cette mouvance ? A l’Intérieur, lundi, un responsable, sous le couvert de l’anonymat, les assimilait aux "Black Blocs", qui font parler d’eux à chaque sommet international.

Lundi, s’il n’y semblait pas opposé sur le fond, le ministre Besson s’est dit sceptique sur l’efficacité d’une dissolution des "No Border", vu la souplesse de leur mode d’organisation qui passe notamment par Internet. Si une telle procédure était lancée, en tout cas, elle trancherait avec les précédentes mesures de dissolution intervenues ces dernières années, en vertu d’une loi de 1936 contre "les groupes de combat et milices armées" .

Ces sanctions, en effet, ont frappé des groupes non d’extrême gauche mais d’extrême droite. Qu’il s’agisse d’"Unité Radicale" (dont faisait partie Maxime Brunerie, le jeune homme qui tira en direction du président Chirac le 14 juillet 2002), de l’association suprématiste et antisioniste noire "Tribu Ka", ou du groupuscule néonazi alsacien "Elsass Korps".