Les paroles de Mohammed Merah résonnent dans les médias

Rédaction en ligne Publié le - Mis à jour le

International "Sachez qu'en face de vous, vous avez un homme qui n’a pas peur de la mort. Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie". Pendant 32 heures, les hommes des Renseignements français se sont entretenus avec Mohammed Merah. Pour l’encourager à se rendre et pour tenter de comprendre ce qui pousse un jeune homme de 23 ans à tuer ses pairs. Des Français, comme lui. Certains musulmans, comme lui. 3 soldats, 1 enseignant, 3 enfants. Mohammed Merah finira sous les balles des officiers de la DCRI après 32 heures de discussions. Libération.fr publie aujourd’hui dans leur quasi intégralité 4h de négociations. Pour tenter de comprendre ce qui pousse un jeune homme de 23 ans à tuer ses pairs.

Mettre carte sur table

"Vas-y maintenant tu peux mettre carte sur table hein, t’as plus rien à perdre": ainsi commence l’échange entre les négociateurs du DCRI et Mohammed Merah. La réponse, elle, commence par ses mots retranscrits : (Rires). 173 pages de retranscription, expurgées des passages qui paraissaient choquant au quotidien français, ‘par respect pour les familles des victimes’.

Merah aborde la relation qu’il entretient avec ‘les frères’ et l’islam : "Déjà avant que je rentre dans l’islam, je les soutenais ces gens-là, je savais qu’ils étaient dans le vrai. (…) Je voulais m’engager à la légion étrangère pour aller en Afghanistan et retourner mon arme contre les légionnaires et rejoindre les Talibans. Mon cœur n’était pas apaisé pour que je reste avec la légion étrangère. (…) Mon but en tant que touriste était de me faire kidnapper par les Talibans, à prendre les routes dangereuses. Mais Allah, il a pas décidé ainsi. Donc je suis revenu en France. (…) J’ai fait mon visa pour le Pakistan (…) Ils m’ont donné le visa et à partir de là ça a été très, très, très, très, très, très facile pour les trouver".

Expliquer la démarche intellectuelle sous-jacente

"Nous sommes des terroristes. Et le terrorisme est une obligation » assène-t-il. "Tu le sais comme moi que ce que je fais c’est une obligation. Je suis obligé de le faire, en tant que musulman. (…) Je demande à Allah de me préserver de l’ostentation. Je ne fais pas ça pour la gloire, ce n’est pas mon but. Si je ferais ça pour la gloire, toutes ces bonnes actions seraient annulées auprès d’Allah parce que Allah, il accepte pas les moudjahidines qui combattent pour leur renommée. (…) Mon but, c’est pas de marquer l’histoire, (…) J’accomplis mon devoir de musulman et c’est tout. La gloire, vos trucs à la télé, tout ça je m’en fous. (…) J’ai contacté les journalistes, comme ça vous pouvez pas étouffer l’affaire, vous pouvez pas dire, c’est un psychopathe. (…) Moi mon but, c’est de faire mon devoir et aussi de réveiller et de vivifier la communauté musulmane afin qu’ils se réveillent et que eux à leur tour, ils attaquent, afin que la France ne connaisse aucune tranquillité. (…) Y a pas besoin de faire partie d’AL-QAÏDA pour pouvoir opérer en France. N’importe quel musulman il peut prendre les armes et combattre, soit se dire qu’il est avec AL-QAÏDA sans que ce soit vrai, parce que voilà, y a pas besoin d’être avec AL-QAÏDA pour combattre au nom d’Allah, notre émir, notre chef, notre supérieur, c’est Allah et personne d’autre".

Se rendre

"Franchement depuis quand vous êtes sur moi?", "Toi t’y a cru, honnêtement, à cette histoire de tourisme?", "Comment vous avez fait le lien?", "A partir de quel moment vous avez su que c’était moi?", "Est-ce que vous m’avez suivi, comment ça s’est passé?", "C’était quoi la preuve qui vous a amené à moi?": Mohammed Merah enchaîne les questions, obtient des réponses plus ou moins précises de la part du négociateur de la DCRI avec qui il s’entretient par talkie-walkie. L’homme laisse entendre que s’il obtient les réponses à ses questions, il pourrait envisager de se rendre. "Je sais pas, j’ai envie de me rendre mais wallah, c’est flou. (…) En commençant ces attentats, je savais comment ça allait se finir. Soit j’allais être abattu dans la rue ou soit j’allais être abattu chez moi ou chez quelqu’un d’autre, voilà" explique-t-il. "Que ce soit une grenade étourdissante, fumigène ou lacrymogène, je serai prêt à, à vous accueillir inch ’allah et sachez que je vous prendrai avec moi, je partirai pas seul. (…) Après si je me rends, ça aura servi à quoi tout ce que j’ai fait hein? (…) Je demande rien, je demande juste des réponses à, à des questions. Je veux parler et ensuite, j’envisagerai ce que j’ai dit (NRLR : se rendre). (…) Je suis pas seul tu vois. Je sais qu’il y a Allah à mes cotés. Je sais que les anges sont avec moi et qu’ils vous combattront avec moi si vous rentrez".

Les hommes du DCRI tentent de maintenir le contact avec le jeune terroriste qui semble de plus en plus prêt à mourir les armes à la main. "On a besoin de parler, tu as besoin de parler, on a besoin d’échanger, de se faire un minimum confiance parce qu’on se connait pas. On s’est déjà tiré dessus donc c’est vrai que, effectivement, la confiance peut en pâtir" lance le négociateur qui enchaîne "Tu avais dit que tu te rendrais et ça se fera dans les meilleures conditions possibles". Merah lui répond :"Si vous perdez patience, vous intervenez, faites ce que vous avez à faire, je ferai ce que j’ai à faire inch allah".

Quelques minutes plus tard, il revient sur la possibilité de la reddition : "Je vais me rendre mais pas de suite. (…) Comme on dit, je vais profiter encore de mon temps de liberté, hein. (…) Je vais vous demander plusieurs heures avant de me rendre (…)Ce qui est sûr, je me rendrai aujourd’hui (…) Je veux me préparer, je sais que c’est la perpétuité que je vais prendre. (…) C’est le plus grand tournant de toute ma vie là." Et le négociateur de répondre : "Et oui, et faut y faut pas le rater." Quelques minutes plus tard, Merah ironise : "Je vais pas me laisser cueillir comme une petite fleur".

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