Les partisans d’Obama sur un rythme latino

Analyse Philippe Paquet Publié le - Mis à jour le

International

Après les Républicains, qui s’étaient rassemblés la semaine dernière en Floride, c’est au tour des Démocrates de baigner dans la lumière des médias à la faveur de leur Convention qui s’ouvre ce mardi à Charlotte, en Caroline du Nord - un choix a priori curieux, mais qui fait écho à l’une des victoires les plus inattendues de Barack Obama en 2008 : le candidat démocrate avait enlevé ce bastion républicain en battant John McCain de 14 000 voix sur plus de deux millions d’électeurs.

Ce choix se révèle tout indiqué pour souligner combien la course à la Maison-Blanche pourrait être indécise cette année. Un sondage Ispos-Reuters publié dimanche donnait Barack Obama et son adversaire républicain Mitt Romney à égalité avec 45 % des intentions de vote.

Certes, Mitt Romney rebondit en bénéficiant à présent du coup de pouce que donne traditionnellement l’impact médiatique d’une Convention, comme le confirme le même sondage en révélant que 82 % des personnes interrogées ont vu, lu ou entendu des informations sur le rendez-vous républicain de Tampa. En toute logique, Barack Obama devrait profiter du même effet d’entraînement dans quelques jours si la grand-messe démocrate produit elle aussi son lot de passion et d’émotion. Il n’empêche que l’issue du scrutin reste des plus incertains : en effet, si la cote de popularité du président sortant demeure supérieure à celle de son rival (48 % contre 32 %), les électeurs indépendants penchent plutôt du côté de Romney que d’Obama (33 % contre 28 %).

C’est bien parce que rien n’est donc joué, à deux mois du jour J, que les candidats ne négligent aucun effort pour faire pencher la balance en leur faveur. Le président Obama est d’ores et déjà en campagne - il n’arrivera d’ailleurs à Charlotte que mercredi, laissant à son épouse Michelle le soin de chauffer la salle dès ce mardi soir et à l’ex-président Bill Clinton celui de galvaniser les Démocrates le lendemain. Barack Obama a pris soin de visiter, lundi, La Nouvelle-Orléans, après le passage de l’ouragan Isaacs, pour ne pas laisser le monopole de la compassion à l’ancien gouverneur mormon du Massachusetts qui s’était rendu en Louisiane dès vendredi.

Dans ce bras de fer, toutes les voix comptent et en particulier celles des minorités. Obama peut très certainement compter sur le soutien de l’électorat noir, mais l’appui, de plus en plus important, de la communauté hispanophone paraît nettement plus aléatoire. Sans doute le président sortant l’avait-il nettement emporté sur ce terrain contre John McCain, en enlevant 67 % du vote latino en 2008, et les sondages lui prédisent une marge confortable cette fois encore en le créditant de 60 % des voix contre 28 % à Mitt Romney.

Ces bons augures ne dispensent toutefois pas le camp démocrate de jouer la prudence, à plus forte raison que les Républicains ont de solides atouts hispaniques dans leur jeu. Des personnalités comme le sénateur de Floride Marco Rubio, qui a introduit Mitt Romney à Tampa, à l’heure du discours d’investiture, est de celles qui pourraient soulever des lames de fond et inverser les rapports de force.

C’est pourquoi les Démocrates ont, pour la première fois, choisi un Latino pour assurer le " keynote speech ", un des deux temps forts de la Convention avec le discours du candidat à la présidence. Et ce choix-là aussi a de quoi surprendre puisque c’est un jeune homme de bientôt 38 ans qui est investi de cet honneur, ce mardi soir : Julian Castro, le maire de San Antonio, au Texas.

Les commentateurs se sont empressés d’épingler les ressemblances entre cette étoile montante du Parti démocrate et Barack Obama lui-même (pour qui l’intéressé dit et redit son admiration). Tous deux élevés par une mère célibataire, ils sont pareillement diplômés de la faculté de droit de Harvard. Comme son frère jumeau Joaquin, qui brigue cet automne un siège à la Chambre des représentants, Julian a également étudié à Stanford, en l’occurrence la science politique et la communication. Grâce à la politique de discrimination positive ("Affirmative Action") chère aux Démocrates, se plaît-il à souligner, parce qu’elle réserve aux étudiants issus des minorités socialement défavorisées un accès préférentiel à l’université.

Sans cela, Julian Castro ne serait probablement pas devenu un des plus jeunes maires des Etats-Unis. Battu de justesse lors d’une première tentative en 2005, élu avec 56 % des voix en 2009, il a été réélu l’an dernier avec 83 % des suffrages face à quatre autres candidats. Cette ascension fait déjà voir en lui, dans un avenir plus ou moins proche, le possible premier président latino des Etats-Unis. Et, dans l’intervalle, un probable gouverneur du Texas. Car les Démocrates, en hissant Julian Castro sur le pavois à Charlotte, ont à l’esprit l’évolution démographique dans cet immense fief républicain, dont l’immigration hispanophone pourrait changer la couleur politique " de rouge en violet puis en bleu ". Avec des conséquences électorales considérables puisque le Texas représente un des plus gros enjeux de tout scrutin présidentiel.

Dans l’immédiat, Julian Castro, dont on vante la capacité à transcender les seuls intérêts de la communauté qu’il représente et défend pour parler de l’économie ou de l’environnement, doit battre le rappel de toutes les forces qui ont fait élire Barack Obama en 2008 sur le thème de l’espoir et du changement - des chevaux de bataille un peu fourbus après quatre années au pouvoir. " Il reste beaucoup à faire ", a récemment lancé dans un clip vidéo le jeune maire, mais, a-t-il conclu, " estamos unidos ".

Publicité clickBoxBanner