International

Les images de milliers d’Africains abordant les côtes de l’île italienne de Lampedusa, dans la foulée des révoltes arabes, ont faussé l’image : les pays accueillant le plus grand nombre de réfugiés, de personnes déplacées et de demandeurs d’asile ne sont pas ceux qu’on imagine. Pas moins de 80 % des réfugiés vivent dans les pays en voie de développement et non pas dans les Etats industrialisés d’Europe et d’Amérique du Nord où l’hostilité à leur égard ne cesse pourtant de croître. C’est ce qui ressort du rapport sur les grandes tendances de l’année 2010 publié lundi à Genève par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (*).

Le HCR pointe cette année particulièrement le fait qu’une grande partie de ces derniers sont accueillis par des Etats parmi les plus pauvres au monde. Plus de 4,4 millions d’entre eux résident dans des pays dont la richesse par habitant ne dépasse pas 3 000 dollars (à titre de comparaison, celle de la Belgique avoisine les 38 000 dollars). Ces Etats démunis en supportent dès lors les plus lourdes répercussions économiques par rapport aux pays industrialisés. Si l’on croise le nombre de réfugiés pris en charge avec la richesse des pays d’accueil, on constate que le Pakistan est le plus touché avec 710 réfugiés par dollar de son Produit intérieur brut par habitant (voir l’infographie ci-dessus). Il est suivi par la République démocratique du Congo (475) et le Kenya (247). Loin, très loin, devant l’Allemagne, le pays industrialisé qui reçoit la plus importante population réfugiée avec 594 000 personnes, mais qui héberge l’équivalent de 17 réfugiés pour un dollar de son PIB par habitant. Loin, encore plus loin, devant la France, qui accueille 6 réfugiés par dollar, l’Italie, qui en abrite 2 par dollar, et la Belgique, qui en reçoit un demi.

Dans le monde aujourd’hui, quelque 43,7 millions de personnes vivent déracinées; parmi elles, 15,4 millions de réfugiés (dont 4,82 millions de Palestiniens pris en charge par l’Unrwa), 27,5 millions de déplacés par les conflits à l’intérieur même de leur propre pays et près de 850 000 demandeurs d’asile (dont près d’un cinquième en Afrique du Sud). L’an dernier, les personnes ayant droit à une protection internationale, dès lors qu’elles craignent chez elles "avec raison d’être persécutées du fait de leur race, leur religion, leur nationalité, leur appartenance à un certain groupe social ou leurs opinions politiques" , venaient majoritairement d’Afghanistan (plus de 3 millions) et d’Irak (1,7 million). Les premières ont fui prioritairement vers le Pakistan et l’Iran, les secondes vers les pays voisins du leur, comme la Syrie (où plus personne ne rêve de s’installer aujourd’hui). Mais les répercussions des révoltes arabes trouveront place dans les colonnes de statistiques publiées l’an prochain.

(*) www.unhcr.fr