Les Pays-Bas légalisent l'euthanasie

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Les sénateurs néerlandais ont approuvé mardi une loi légalisant l’euthanasie sous certaines conditions faisant ainsi des Pays-Bas le premier pays au monde à autoriser officiellement cette pratique médicale controversée.

Les sénateurs ont voté à une majorité de 46 voix contre 28 pour la légalisation de l’euthanasie sous certaines conditions.

Le texte avait déjà été adopté à une large majorité par les députés en novembre dernier.

Le principal parti d’opposition, l’Alliance chrétienne démocrate (CDA) a voté contre ainsi que les petits partis chrétiens et le parti socialiste (SP). Tous les partis de la coalition gouvernementale de centre-gauche ont en revanche approuvé le projet, rejoints par les écologistes.

La loi pourrait entrer en vigueur dans la deuxième moitié de cette année, ont précisé mardi soir les ministres néerlandais de la Santé, Els Borst et de la Justice Benk Korthals.

Elle ne fait que donner en réalité un cadre légal à une pratique déjà tolérée depuis une circulaire de 1997 aux Pays-Bas.

La légalisation de l’euthanasie est assortie de plusieurs conditions.

Les médecins devront s’assurer que le malade est affligé de «souffrances insupportables», qu’il n’a aucun espoir de survie et qu’il veut effectivement mettre fin à sa vie.

Ils devront ensuite se soumettre au contrôle de commissions régionales chargées de veiller au respect de ces conditions. Ces commissions seront composées d’un médecin, d’un juriste et d’un spécialiste en éthique.

Les mineurs entre 12 et 16 ans auront également la possibilité de recourir à l’euthanasie, s’ils bénéficient de l’accord de leurs parents. Pour les jeunes âgés de plus de 16 ans, ce consentement parental ne sera plus nécessaire.

En Australie, le parlement de la province des Territoires du Nord avait adopté en juillet 1996 une loi légalisant, pour la première fois au monde, l’euthanasie. Ce texte avait été abrogé au niveau fédéral quelques mois plus tard.

Quelque 8.000 opposants au projet ont manifesté silencieusement mardi après-midi à La Haye, à l’appel d’une trentaine d’organisations religieuses en appelant le Sénat à rejeter le projet.

Résumant la philosophie des opposants, un parlementaire néerlandais M. Van der Flies a souligné que «le droit des mourants n’est pas une mort douce, mais un adoucissement de la dernière phase de la vie».

Une enquête récente démontre cependant qu’une large majorité de Néerlandais (85%) sont favorables à une légalisation permettant l’euthanasie en cas de souffrance physique intolérable où le patient n’a pas d’espoir de survie.

Ils sont également 57% à estimer que des patients victimes de longues souffrances psychologiques doivent pouvoir décider de mettre un terme à leur vie.

C’est surtout de l’étranger que fusent les critiques les plus véhémentes dans le sillage du Vatican qui a condamné après le vote par la Chambre basse, cette «triste primeur» des Pays-Bas.

Certains pays, notamment l’Allemagne, craignent pour leur part de voir un «tourisme de l’euthanasie» se développer vers les Pays-Bas.

Le Premier ministre Wim Kok avait tenté de couper court à ces critiques, soulignant «le travail consciencieux» effectué pour parvenir à l’élaboration de cette loi. «Nous n’avons pas à en avoir honte», a dit M. Kok.

AFP

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