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L'Espagne a annoncé samedi qu'elle acceptait l'offre de la France d'accueillir une partie des 630 migrants secourus par l'Aquarius, attendus dimanche matin au port espagnol de Valence, après une semaine d'errance en Méditerranée.

Dans un communiqué, la vice-présidente espagnole, Carmen Calvo, a indiqué que la France accepterait les migrants qui, une fois appliqués tous les protocoles prévus par le processus d'accueil, "exprimeront leur désir de rejoindre ce pays".

Le nouveau chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, "a remercié le président Macron pour sa coopération sur cette question". Il "considère que c'est dans ce cadre de coopération que l'Europe doit répondre" à la question migratoire, ajoute le communiqué.

Mais dans le même temps, le ministre de l'Intérieur et nouvel homme fort de la politique italienne, Matteo Salvini, qui avait refusé le 10 juin l'accès aux ports italiens à l'Aquarius, a réitéré samedi l'interdiction faite aux ONG d'accoster en Italie, au risque d'envenimer encore les tensions européennes autour de la crise migratoire.

'Bienvenue chez vous' 

Les 630 migrants secourus par le navire humanitaire Aquarius dans la nuit du 9 au 10 juin au large de la Libye vont finalement bientôt arriver à bon port.

"Bienvenue chez vous", lisait-on samedi sur une immense banderole installée sur le port de Valence par les autorités régionales de gauche, dans différentes langues, du catalan valencien à l'arabe.

Ces 450 hommes, 80 femmes, 93 adolescents et sept enfants - pour la plupart originaires du continent africain - naviguent actuellement dans les eaux espagnoles, à bord de l'Aquarius et de deux bateaux militaires italiens l'accompagnant.

Leurs arrivées doivent s'échelonner à 6H00, 9H00 et 12H00 locales (4H00, 7H00 et 10H00 GMT), selon le gouvernement régional. Et un très important dispositif a été mis en place pour cet accueil exceptionnel, auquel participeront 2.320 personnes - dont un millier de bénévoles de la Croix-Rouge. L'évènement promet d'être ultramédiatisé avec plus de 600 journalistes accrédités.

L'Espagne avait accepté d'accueillir ces migrants, dans un "geste politique" destiné à "obliger l'Europe" à faire une "politique commune devant un problème commun" selon les mots du chef de la diplomatie Josep Borrell.

Pedro Sanchez - arrivé au pouvoir le 1er juin après une motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy - avait proposé le 11 juin d'accueillir ces migrants alors que l'Italie et Malte refusaient de recevoir ce bateau dans leurs ports.

L'épisode avait donné lieu à une crise diplomatique entre Paris et Rome: le président français Emmanuel Macron avait dénoncé la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien" et ce dernier avait ensuite exigé des excuses de Paris, en estimant que la France n'avait pas respecté ses engagements en matière d'accueil de réfugiés.

La controverse en Europe avait semblé retomber vendredi avec la visite à Paris du chef du gouvernement italien Giuseppe Conte mais M. Salvani a de nouveau jeté de l'huile sur le feu samedi.

"Alors que le navire Aquarius navigue vers l'Espagne (arrivée prévue dimanche) deux autres navires d'ONG battant pavillon des Pays-Bas (Lifeline et Seefuchs) sont arrivés au large des côtes libyennes, en attente de leur cargaison d'être humains abandonnés par les passeurs", a déclaré sur Facebook M. Salvini.

"L'Italie ne veut plus être complice du business de l'immigration clandestine et il devront donc chercher d'autres ports (non italiens) vers lesquels se diriger", a ajouté M. Salvini, chef de file de la Ligue (extrême droite).

En Espagne, en revanche, un grand élan de solidarité envers les migrants s'est exprimé cette semaine, alors que le précédent gouvernement conservateur de Mariano Rajoy était accusé d'avoir accueilli un nombre restreint de réfugiés, très en dessous des quotas négociés avec la Commission européenne il y a deux ans.

La région de Valence a ainsi annoncé avoir reçu en deux jours "plus de 2.500 appels et courriers d'habitants offrant leur aide".