International Moins bien approvisionnés, les groupes armés ont aussi commis des erreurs à Alep.

Alep s’apprête à réintégrer, dans son entièreté, le giron de l’Etat syrien, quatre ans après sa division artificielle suite à l’installation de groupes armés dans sa partie orientale. Le retrait forcé de ceux-ci, rebelles modérés ou combattants djihadistes, sous la puissance de feu de l’armée syrienne et de ses alliés constitue une défaite dont ils auront du mal à se relever. Et la nature du conflit pourrait même s’en trouver changée. Voici les principales raisons qui expliquent leur débâcle.

1 La perte d’un bastion symbolique. Alep était le principal bastion des groupes armés qui combattent le pouvoir central de Damas. Leur combat dans la deuxième ville de Syrie par sa population, mais la première sur le plan économique, avait donc valeur de symbole. Celui-ci disparaît. La grande métropole du Nord, située à quarante kilomètres de la frontière turque, focalisait l’attention de toutes les forces qui voulaient présider - ou du moins profiter - d’un changement politique en Syrie. "C’est sur Alep que comptaient ceux qui avaient élaboré la stratégie de démantèlement de la Syrie pour construire sur le terrain la division du pays", rappelle le politologue et sociologue Rudolf el Kareh, spécialiste du Moyen-Orient. L’idée était de "jouer Alep contre Damas, une vieille rengaine coloniale que les Français avaient déjà essayé de mettre en œuvre dans les années 1920, en vain". Ville pour l’essentiel sunnite, Alep aurait fait un trophée idéal pour la Turquie, dont la population est majoritairement de cette confession et dont on connaît les ambitions hégémoniques dans la région. Au lieu de cela, le pouvoir baasiste de Bachar al Assad reprend pleinement pied dans "sa" capitale économique. Une pièce maîtresse qui lui permet de revendiquer la souveraineté de l’Etat sur les cinq premières villes de Syrie (avec Damas, Homs, Hama et Lattaquié). La dynamique des groupes armés est brisée.