International

Le tribunal de première instance de la ville de Casablanca a refusé d'accorder la liberté provisoire au rappeur marocain Mouad Belghouat, alias Lhaqed ("L'enragé"). Ce dernier a été arrêté le 29 mars, après une plainte de la Direction générale de la sûreté nationale, l'accusant de porter atteinte à l'image de son institution. Le procès a été reporté au 16 avril.

La police accuse le rappeur d'avoir posté une chanson sur internet avec des photos portant atteinte au corps de la police. Lors de la deuxième audience tenue mercredi, le procureur général a affirmé devant les juges que le rappeur a reconnu les accusations portées contre lui.

Selon ses avocats, Lhaqed reconnaît avoir chanté la chanson, mais le montage-photos qui accompagne la vidéo provient d'un internaute anonyme. "Dans la chanson, Mouad accuse certains policiers de corruption, ce n'est pas un scoop, tout le monde le dit et les organisations internationales le confirment", a expliqué à l'Associated Press Larbi Chentoufi, avocat de la défense. "Il s'agit d'un procès politique. Lhaqed est devant les juges pour ses opinions", a-t-il ajouté.

Lhaqed a crié "Vive le peuple" avant de quitter la salle d'audience. Il s'agit de la deuxième arrestation de ce rappeur marocain, membre du Mouvement du 20 février, qui manifeste pour des réformes politiques profondes au Maroc depuis le début du printemps arabe.

Condamné à quatre mois de prison pour "agression avec coups et blessures contre un manifestant pro-régime", il a été libéré le 12 janvier dernier après une grande mobilisation nationale et internationale.

Lhaqed est un ouvrier et rappeur amateur. Il vit dans un quartier très pauvre de la ville de Casablanca. Il est connu dans les milieux militants pour ses chansons très critiques vis-à-vis du roi Mohamed VI, où il dénonce la fortune royale classée au niveau mondiale, notamment par le magazine Forbes. Des dizaines d'activistes se sont rassemblés au tribunal après le procès pour demander sa libération et la police les a dispersés à coups de matraque.

A l'instar des autres pays de l'Afrique du nord et du Moyen-Orient, le Maroc a connu des manifestations pour des réformes politiques profondes. Le roi Mohamed VI a proposé des réformes constitutionnelles, qui accordent plus de pouvoir au président du gouvernement. La nouvelle constitution a été approuvée à une majorité écrasante lors d'un référendum organisé le premier juillet 2011. Le parti islamiste a gagné les élections législatives anticipées et organisées suite à la réforme constitutionnelle.

Les manifestations continuent malgré l'installation du nouveau gouvernement. Les réformes sont jugées "cosmétiques" par l'opposition et décrites comme ne touchant pas à l'essentiel des pouvoirs presque absolus de la personne du roi.