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Les pays qui n’en voulaient pas sont renforcés dans leur conviction. Les autres doutent.

Les centaines de milliers de personnes qui demandent asile dans l’Union européenne pourraient bien devenir les victimes collatérales des attaques de Paris. Dès samedi, le gouvernement polonais en formation a fait savoir que Varsovie refusait de participer au programme européen de répartition des réfugiés.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, continue cependant à plaider avec vigueur pour le maintien du programme de répartition des réfugiés – approuvé, non sans mal, par les Vingt-huit – entre les Etats membres de l’Union. “Ceux qui ont perpétré les attentats sont exactement ceux que les réfugiés fuient, et non pas l’inverse, et par conséquent il n’y a pas lieu de revoir dans leur ensemble les politiques européennes en matière d’asile”, a défendu le Luxembourgeois dimanche, face à la presse, lors de la réunion du G20 à Antalya, en Turquie.

“Paris change tout” vs “Ne changeons rien”

Il n’en reste pas moins que même les dirigeants des pays qui mènent une politique d’accueil généreuse, comme la Suède ou l’Allemagne, se retrouvent soumis à forte pression, note Marianne Dony, présidente de l’Institut d’études européennes de l’Université libre de Bruxelles. Dimanche, la CSU, alliée de la CDU d’Angela Merkel, a réclamé que la chancelière cesse d’ouvrir grand les portes de l’Allemagne aux réfugiés. “Paris change tout”, a déclaré le ministre des Finances bavarois Markus Söder au “Welt am Sonntag”.

“Paris change tout”, d’autant qu’un élément donne du grain à moudre à ceux qui affirment depuis des mois que des terroristes se dissimulent parmi les réfugiés. Le passeport d’un Syrien de 25 ans –enregistré comme réfugié sur l’île de Leros, en Grèce – a été retrouvé près du corps d’un des auteurs des attaques.

“Celui qui est responsable de ces attaques à Paris ne peut être mis sur un pied d’égalité avec les vrais réfugiés qui cherchent asile”, a insisté Jean-Claude Juncker. De plus, on ignore encore si ce passeport est authentique et s’il appartenait effectivement au terroriste. Mais il n’en fallait pas plus pour semer le doute dans les esprits.

“Cette histoire de passeport syrien est nébuleuse, mais sur le plan politique, c’est une très mauvaise information”, observe Marianne Dony. “Ça va servir tous ceux qui disent : les réfugiés, on n’en veut plus”, complète Quentin Michel, directeur de l’Unité d’études européennes à l’Université de Liège. Qui précise : “la grande difficulté, dans la gestion de l’accueil des réfugiés, c’est qu’elle est partiellement communautaire et très nationale. La Commission peut faire des propositions, mais si les Etats membres n’en veulent pas, on n’avance pas. Il n’y a pas d’instrument coercitif pour amener un Etat à accueillir des réfugiés”.

Aussi, ces derniers risquent-ils de rester bloqués dans les pays européens où ils se trouvent : l’Italie, la Grèce, les pays des Balkans, “alors que ces pays ne disposent pas des capacités pour les accueillir dignement et traiter leurs demandes”, s’inquiète Marianne Dony.

Garder les réfugiés hors d’Europe

À la suite des attentats, le président (polonais) du Conseil européen “Donald Tusk va encore muscler son discours sur le renforcement des frontières extérieures de l’Union”, prévoit le diplomate.

La philosophie européenne devrait être, plus encore qu’hier, d’empêcher que les demandeurs d’asile entrent dans l’Union et soient maintenus dans les pays limitrophes de celui qu’ils ont fui. “Les Européens vont continuer à privilégier ce type d’approche. Cela dit, il n’est pas certain que la Turquie – qui vient elle-même de connaître un attentat commis par l’Etat islamique – et l’Egypte aient très envie que tous ces gens restent chez eux”, commente Marianne Dony.

Contrairement à la politique d’accueil, souligne Quentin Michel“le gros avantage de faire en sorte que les réfugiés restent dans les pays voisins de l’Union, c’est que cette politique fait consensus au niveau des Vingt-huit”.