International Julian Assange est aussi épinglé pour son rôle dans cette crise.

Dans la bataille médiatique et des réseaux sociaux, le gouvernement espagnol n’accuse pas - pour l’instant - directement le Kremlin d’interférence dans la crise catalane mais les suggestions dans ce sens sont assez claires. "Nous avons des données sur le trafic postérieur au 1er octobre (date du référendum), et une bonne partie de ce trafic web passe par des réseaux situés en Russie", a déclaré Alfonso Dastis, ministre des Affaires étrangères.

Le journal "El País" a publié pendant plusieurs jours des pages qui soutiennent le haut niveau de cette éventuelle intervention russe. Lundi 13, le quotidien madrilène montrait en "une" une photo où l’on pouvait voir deux personnes très proches de Carles Puigdemont (président déchu) sortant le 9 novembre de l’ambassade équatorienne à Londres après s’être entretenus - pendant plus de quatre heures - avec le fondateur de Wikileaks, Julian Assange.

Toujours selon "El País", "Assange a été une pièce clé dans la diffusion de canulars élaborés par la machine prorusse en faveur des indépendantistes". María Dolores de Cospedal, ministre de la Défense, a confirmé que cette vague de propagande qui s’infiltre à travers Facebook, Twitter et les sites médiatiques vient surtout "de territoires russes"… mais aussi de sources chavistes du Venezuela, selon divers médias. L’objectif serait de déstabiliser l’Union européenne.

Les deux personnes photographiées à Londres entrant et sortant de l’ambassade d’Equateur, sont Oriol Soler et Andréu Grinyó. Ils ont nié que leur long entretien avec Assange était destiné à préparer la campagne électorale catalane. Soler se présente comme un entrepreneur culturel, mais certains, à Madrid, le qualifient "d’idéologue indépendantiste". Grinyó est le directeur marketing d’une chaîne de supermarchés, mais il est regardé comme un expert en campagnes de communication.

Assange, "l’idiot parfait"

De son refuge diplomatique, Assange intervient fréquemment dans les controverses sur la Catalogne. Il le fait parfois en commettant des erreurs retentissantes. Un jour, il a cité Pancho Sánchez croyant parler de Sancho Panza, l’écuyer de Don Quichotte. Un autre, il s’est mis à twitter sa colère contre le journal "El Mundo" après avoir lu un texte publié par "El Mundo Today", une publication satirique. A la suite d’une de ces polémiques, l’écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte lui avait répondu vertement et s’était moqué de l’ignorance d’Assange sur l’Espagne, l’appelant "l’idiot parfait".

Même modèle partout

Javier Lesaca, investigateur espagnol de l’université George Washington, écrit que la chaîne de télévision russe RT et l’agence Sputnik ont été la base de 87 % des 65 comptes Twitter - essentiellement automatiques - qui ont relancé la plupart des informations autour du référendum catalan. Il a analysé 5 029 877 messages. Sa conclusion : "Le modèle d’intervention digitale détecté lors des élections américaines ou dans le Brexit est le même que celui qui a sévi en Catalogne." Sa conclusion : le gouvernement espagnol sort largement perdant de cette bataille moderne.