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Les juges d'instruction français ont refusé une troisième demande de mise en liberté de Tariq Ramadan après une expertise informatique à charge pour l'intellectuel musulman, incarcéré depuis sept mois en France pour deux viols qu'il conteste.

La version du théologien suisse de 56 ans, qui niait toute relation sexuelle avec deux plaignantes, est en fait contredite par l'expertise de son téléphone et de son ordinateur remise lundi aux magistrats, selon une source proche du dossier qui a confirmé des informations du Muslim Post. 

Nos confrères du Parisien ont pu consulter ce rapport dans lequel sont notamment analysés les SMS envoyés par Tariq Ramadan sur le portable de "Christelle", l'une des femmes qui se dit victime de Tariq Ramadan. Un temps perdu, ce téléphone a été retrouvé par la plaignante il y a quelques mois, dit-elle.

Le 9 octobre 2009, le jour du viol présumé, Tariq Ramadan écrit  le message suivant : "Tu viendras, tu es prête. Je devrais t’attendre en bas car il faut une carte pour monter dans l’ascenseur". Dans sa défense, Ramadan assurait jusque-là n’avoir rencontré la plaignante que dans le bar de l’hôtel. Ce SMS semble démontrer qu’il comptait la faire monter dans sa chambre.

D’autres messages envoyés le lendemain sont encore plus embarrassants pour Tariq Ramadan. Le 10 octobre 2009, à 19h29, écrit toujours Le Parisien : "J’ai senti ta gêne… désolé pour ma violence. J’ai aimé… Tu veux encore ? Pas déçue ?". "Ce silence dit quoi ???", relance l’interlocuteur enregistré sous le nom Tariq Ramadan à 21h53. A 23h09, nouveau message : "Tu n’as pas aimé… Je suis désolé Christelle. Désolé". Le dernier SMS a été rédigé le lendemain, le 11 octobre à 9h24 : "J’ai attendu toute la journée un message hier pour lire enfin des reproches et une déception… Que veux-tu que je rajoute à ça… Ça me peine et c’est moche".

Autant d’éléments qui viennent contredire la position de Tariq Ramadan qui assurait ne pas avoir eu de relation avec cette deuxième plaignante.

Tariq Ramadan, qui souffre d'une sclérose en plaque dont le traitement a été jugé administrable en prison, réclame un placement sous contrôle judiciaire avec remise de son passeport suisse et une caution préalable de 300.000 euros.

Confronté en juillet et en septembre à ses accusatrices dans le bureau des juges, Tariq Ramadan, qui a reconnu des relations extraconjugales consenties et des "rapports fougueux, de domination" avec d'anciennes maîtresses, avait réaffirmé n'avoir jamais entretenu de tels rapports avec les plaignantes.

Figure influente et controversée de l'islam francophone, il est accusé de viols depuis octobre 2017 par Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante laïque, et par une femme surnommée "Christelle" dans les médias. "M. Tariq Ramadan a maintenu sa position, fermement: il n'a jamais eu de relations sexuelles avec cette plaignante", avait déclaré son avocat Me Emmanuel Marsigny à la sortie d'une confrontation de plus de huit heures avec "Christelle" le 18 septembre au tribunal de Paris. En Suisse, Tariq Ramadan est également visé par une instruction pour viol, ouverte mi-septembre à Genève après une plainte d'une femme déposée en avril.