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Donald Trump a annoncé vendredi que les Etats-Unis imposaient des droits de douane de 25% sur 50 milliards de dollars d'importations chinoises. Quel impact pour la Chine? Quelle réaction possible? Et qui peut espérer sortir vainqueur du bras de fer?

Quel impact attendu sur l'économie chinoise?

Dans un rapport publié fin mai, la Banque mondiale jugeait "gérable" pour le géant asiatique l'impact de sanctions sur 50 milliards de dollars d'exportations.

Selon l'institution, ces sanctions frapperaient des produits représentant 11,5% des exportations chinoises aux Etats-Unis et 2,2% des exportations totales de la Chine l'an dernier, pour un coût économique direct équivalant à seulement environ 0,2% du PIB chinois de 2017.

Par ailleurs, la Chine est moins dépendante que naguère de son commerce extérieur : l'an passé, les exportations nettes n'ont contribué à la croissance du PIB qu'à hauteur de 9,1% - même si le marché américain représentait 18,9% du total des exportations.

"L'impact devrait probablement être contrôlé, le gouvernement pouvant atténuer les répercussions par des rabais fiscaux et des subventions" aux firmes exportatrices, abondaient les analystes de BMI Research (cabinet associé à Fitch) dans une note récente.

Même si Washington s'en prenait à des importations de produits chinois représentant 150 milliards de dollars, cela ne représenterait que 6,6% des exportations totales de la Chine, et 1,1% de son PIB de l'an dernier, observaient-ils.

En revanche, étant donné qu'une partie des composants des produits assemblés en Chine sont importés d'ailleurs, notamment dans le cas de l'électronique de Taïwan et de Corée du Sud, ces derniers seraient les victimes indirectes d'une guerre commerciale tous azimuts.

Comment réagira Pékin ?

Le régime communiste s'était dit prêt, avant même que Washington n'officialise ses taxes, à des représailles "immédiates" : "Si les Etats-Unis adoptent des mesures protectionnistes unilatérales nuisant aux intérêts chinois, alors nous réagirons immédiatement", a martelé Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Et effectivement, vendredi, Pékin a annoncé l'imposition "immédiate" de droits de douane sur des produits américains "d'une ampleur équivalente".

"Nous prendrons les mesures nécessaires pour protéger résolument nos droits et nos intérêts légitimes", avait prévenu M. Geng, menaçant de droits de douane punitifs sur des biens américains à hauteur de 50 milliards de dollars.

Par ailleurs, alors que Pékin et Washington avaient annoncé courant mai un armistice dans leur différend commercial, la Chine a prévenu l'administration Trump qu'aucun compromis ne serait possible en cas de droits de douane américains.

"Les résultats des pourparlers économiques et commerciaux bilatéraux (de mai), tous ces résultats, n'entreront pas en vigueur" si les Etats-Unis mettent vigueur ces taxes douanières, avait averti jeudi M. Geng.

Quelles seront les représailles chinoises?

La Chine avait dévoilé début avril une taxe de 25% sur le soja, les voitures, les petits avions, le boeuf et d'autres produits importés des Etats-Unis, mais sans préciser de calendrier pour l'entrée en vigueur.

Le ministère chinois du Commerce avait alors listé 106 familles de produits visées, qui représentaient environ 50 milliards de dollars d'importations par an.

Sur le soja, l'enjeu est colossal: les Etats-Unis exportent un tiers de leur production de soja vers la Chine.

Surtout, en ciblant le soja, Pékin appuie là où ça fait mal, les Etats américains producteurs ayant largement soutenu Donald Trump au moment de son élection.

La viande de porc américaine et des automobiles fabriquées aux Etats-Unis sont déjà dans le collimateur des douanes chinoises, qui ont annoncé un renforcement des inspections sur ces produits.

Qui gagne à la fin?

"Quand un pays (les Etats-Unis, NDLR) perd des milliards de dollars avec pratiquement tous les pays avec lesquels il est en affaires, les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner", avait twitté M. Trump.

La Chine, elle, répète invariablement sa position depuis des mois : "Personne ne sort vainqueur d'une guerre commerciale." Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a exhorté jeudi Washington à éviter une approche "perdante" pour les deux partenaires.

Et vendredi, Pékin a appelé les autres pays visés par les mesures américaines à une "action collective" contre cette "conduite rétrograde et dépassée".

Plusieurs économistes rappellent les effets de la loi américaine Smoot-Hawley en 1930. Elle avait entraîné un relèvement des droits de douane sur 20.000 produits et suscité des représailles à l'étranger, aggravant les ravages de la Grande Dépression.

Mais pour Dennis Wilder, de l'Université de Georgetown, "l'équipe Trump a constaté qu'en continuant à faire pression sur la Chine, les offres s'amélioraient de plus en plus", ce qui l'incite à durcir le ton.