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Comment mesurer l’impact de la crise de la dette souveraine et de l’euro sur le comportement des consommateurs en Italie ? Il faudrait mesurer les évolutions de leur débit sur leurs "telefonini", les GSM italiens qui ont d’évidence conquis la péninsule bien plus rapidement que ce ne fut le cas dans nos froides contrées. Un cliché ? Pas du tout, les Italiens ont réellement trouvé dans les cellulaires un outil social à leur mesure. "C’est d’ailleurs en Italie que l’on a pu enregistrer pour la première fois en Europe un nombre d’abonnements GSM supérieur au nombre de citoyens. Ce n’est donc pas seulement une réputation", nous explique Dries Plasman, directeur marketing et produits de la société belge Voxbone, une entreprise à la croissance explosive qui est présente un peu partout dans le monde.

Pour ce spécialiste des télécoms qui fournit des numéros d’appel aux entreprises multinationales, ce qui est évident, c’est que le marché italien des télécoms est très particulier. "On y trouve un grand acteur comme Telecom Italia qui affiche un chiffre d’affaires trimestriel en progrès de 13% d’une année sur l’autre avec un bénéfice net en progression de 33%. On pourrait dire sur cette base qu’il n’y a pas de crise dans le secteur des télécoms en Italie. D’ailleurs, chez les opérateurs avec lesquels nous avons des contacts, on évoque avant tout, à propos de la crise, des mesures allant dans le sens d’une réforme du marché de l’emploi, des retraites et de la fiscalité. Apparemment, le secteur des télécoms n’est pas visé directement." Ce n’est pas le cas en Grèce ? "Non, là-bas, la situation globale et celle du secteur sont véritablement catastrophiques. Il y a une vraie crise économique, ce qui n’est pas ou pas encore le cas en Italie. L’opérateur historique est sous très forte pression, et ses revenus ont chuté de 30% en trois ans, ce qui traduit de grandes craintes dans le chef des clients, avec un repli vers les formules alternatives les moins chères. En Grèce comme ailleurs, les opérateurs historiques sont souvent aussi les plus chers. Bref, là-bas, les entreprises télécoms doivent faire face à un rétrécissement de leur marché historique. On va, dans le secteur des télécoms mobiles en tout cas, vers des concentrations indispensables à la survie des acteurs en présence. L’opérateur historique OTE, équivalent de notre Belgacom, a d’ailleurs entamé un processus de restructuration composé de licenciements et de réductions de salaires, sachant qu’un tiers des coûts de fonctionnement de l’opérateur est lié aux salaires. En Italie, ces ajustements ont eu lieu dès 2007. Les situations sont donc très différentes. En Grèce, la situation du marché se traduit aussi par un blocage total des investissements dans l’infrastructure télécoms. Quand on sait l’importance de ces réseaux dans le développement des entreprises, on peut imaginer l’impact du retard ainsi créé sur l’économie grecque à moyen terme "

Selon un journaliste grec à la retraite, le choc économique en Grèce est tel que les acteurs du secteur grec des télécoms mobiles doivent faire face à un ralentissement inimaginable ailleurs en Europe, avec des recettes qui s’élevaient à 4,3 milliards d’euros en 2008 et qui ont reculé rapidement pour s’élever à 3,2 milliards l’an passé. On imagine déjà que le chiffre d’affaires du secteur glissera sous les 3 milliards pour l’année en cours. Quand on sait que comme partout ailleurs la baisse des revenus est encore plus importante dans le secteur des lignes fixes, on imagine la situation globale.

Telecom Italia est toutefois difficilement comparable à Belgacom ou OTE, qui sont des entreprises semi-publiques ? "Oui, c’est vrai que Telecom Italia est un groupe de télécoms qui est aussi actif à l’international avec des divisions dans les économies émergentes, en Argentine, au Brésil ; et c’est de là que provient une bonne part de la croissance des résultats. On n’y connaît pas les problèmes de ralentissement de la zone euro. Et à y regarder de plus près, les revenus liés à l’utilisation des GSM ont reculé de 10% en Italie d’une année sur l’autre. Et ça, c’est sans doute à comprendre comme un signe avant-coureur de la crise qui menace le pays." Signe d’une crise suffisamment grave pour couper la parole aux Italiens ?