Les terribles rafles grecques

Bosco d'Otreppe Publié le - Mis à jour le

International

Après l’agression d’une mineure sur l’île de Paros par un jeune Pakistanais, après la fermeture des frontières avec la Syrie, après la distribution de nourriture par le parti néonazi Aube dorée aux seules personnes qui pouvaient se présenter avec une carte d'identité du pays, la police grecque procède actuellement à de multiples arrestations (on comptait 1.595 personnes transférées dans des centres de rétention ce lundi soir), et de nombreuses perquisitions (52) envers les sans-papiers dans différentes villes du pays dont le centre d’Athènes. Ces scènes de rafle, qui ont commencé jeudi et se poursuivent encore ce lundi, sont très impressionnantes.

Des rafles au centre d'Athènes

Intitulée "Xenios Zeus" (du nom du roi des dieux antiques Zeus, protecteur des hôtes), cette opération a commencé jeudi et y ont participé 2.000 policiers à Athènes et 2.500 au département frontalier d'Evros (nord-est), passage habituel des migrants de Turquie.

L'objectif est de "reconduire les sans-papiers à leur pays d'origine, fermer les frontières (...) et faire en sorte qu'Athènes redevienne une métropole de droit avec une qualité de vie", a souligné samedi le porte-parole de la police Christos Manouras. Les mots ne semblent pas être choisis au hasard.

Selon lui, la reconduction des migrants clandestins à leurs pays d'origine "est un besoin de survie nationale".

"Le message à envoyer est que la Grèce ne peut assurer de travail et de séjour" aux candidats à l'immigration, a-t-il dit.

Le ministre de la Protection du citoyen Nikos Dendias a souligné la nécessité "de lutter contre les réseaux de prostitution et de drogue dans le centre d'Athènes", citée par l'Agence de presse grecque Ana (semi-officielle).

Le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, qui dirige depuis fin juin un gouvernement de coalition droite-gauche, s'était engagé à arrêter "l'invasion des migrants illégaux".

Un état tiraillé de toutes parts

Pour Angélique Kourounis, correspondante pour La Libre Belgique sur place, aussi impressionnante qu’elle soit, cette action n’en est pas pour autant surprenante. "En Grèce, le gouvernement ne peut plus rien faire pour ses concitoyens, et la vie de ceux-ci ne fait que se dégrader avec de nouveaux impôts prévus pour la fin du mois, et des propositions de loi encore à l’étude qui menacent directement et gravement la sécurité sociale. Politiquement, effectuer de telles rafles est quelque chose qui peut rapporter, et le gouvernement sait que s’il veut survivre, il doit ratisser à droite et couper l’herbe sous le pied du parti néonazi Aube Dorée."

"Il faut reconnaitre, continue Angélique Kourounis, qu’il existe un véritable problème visuel dans le centre d’Athènes." Pourtant, ce problème n’est pas lié à la présence des sans-papiers, "mais bien au fait que les précédents gouvernements grecs ont laissé pourrir leur situation".

Si, à l’époque, il a manqué de volonté politique pour leur venir en aide, la Grèce semble aujourd’hui condamnée par la crise, mais aussi par l’Europe qui ne met rien en place (ni fond, ni politique, ni projet) pour aider le pays à affronter son immigration. "La Grèce est un cul-de-sac. Des migrants proviennent de la Somalie, de l’Afghanistan, de la Libye, de la Syrie notamment, et le pays est sommé de fermer sa frontière ouest pour épargner l’Europe."

Du coup, aujourd’hui, à peu près 10% (un million sur les 11,5 millions d’habitants que compte le pays) de la population en Grèce est d’origine immigrée selon les chiffres de l’avant-dernier recensement. "Cette population vit dans une misère sociale et économique très importante. C’est une population piégée et bien souvent exploitée. Sans vouloir les excuser, ils sont parfois réduits, pour pouvoir manger, à se prostituer, à voler et à effectuer de menus larcins. Du coup se forment de véritables ghettos et les Athéniens se sentent menacés."

À l’heure actuelle, on imagine mal comment pourront s’en sortir les autorités grecques, mais aussi les sans-papiers. "Les 6.000 personnes arrêtées ce week-end (principalement des hommes) ont été placées dans des centres de rétention. Mais que vont-ils devenir ? Les législations internationales interdisent leur renvoi s’ils sont en danger dans leur pays, ou s’ils proviennent de régions en guerre."

Vu de Belgique, c’est bien une impasse dans laquelle semble se situer la Grèce, cernée qu’elle est par de gravissimes problèmes sociaux et économiques, par une absence de perspectives, par des partis extrémistes qui se renforcent, par un gouvernement qui ne tient qu’à un fil ou encore par des médias qui attisent plus que de coutume la peur et la haine.

La seule chose que l’on peut se dire ici, conclut notre correspondante, "c’est que ces rafles ont été organisées par l’Etat, et que même si elle ne doivent tout simplement pas avoir lieu, leur seul point positif est qu’elles vont couper l’herbe sous le pied des néo-nazis qui dans le passé ont organisé des expéditions punitives sans être inquiétés". Enfin, cette intervention pourra sans doute freiner la tentation du vote extrémiste néo-nazi qui guette une partie de la population grecque.

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