International

CORRESPONDANT À ROME

Le prince Victor Emmanuel de Savoie, arrêté vendredi à Varenne, sera entendu mardi par le juge des enquêtes préliminaires. Il doit répondre d'accusations infamantes: association de malfaiteurs en vue de l'usage de faux, corruption, trafic d'influence et proxénétisme.

Les enquêteurs sont arrivés au Prince en suivant les agissements d'une bande d'escrocs ayant floué de nombreux hommes d'affaires. La clique avait aussi mis au point un système ramifié de pots-de-vin visant à obtenir des licences d'exploitation de machine à sous qui, truquées, permettaient de décupler les bénéfices; plusieurs fonctionnaires du Monopole des Jeux sont impliqués. L'organisation était particulièrement active au casino de Campione, enclave italienne en Suisse, où elle proposait les services de prostituées à de riches joueurs proches de la mafia. Les affaires s'étendaient à la Bulgarie où, selon l'accusation, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, ex-Premier ministre de Sofia et cousin du prince Victor Emmanuel, huilait les rouages de l'administration pour garantir de juteuses adjudications.

Au sommet de la pyramide trônait Victor Emmanuel. Selon Alberto Iannuzzi, le magistrat chargé du dossier, il utilisait «systématiquement ses liens dans la franc-maçonnerie et les institutions pour poser les bases et déterminer les lignes fondamentales des accords de corruption», contre rémunération. Il était la «carte de visite», l'intermédiaire indispensable aux activités de l'association criminelle.

Il est aussi accusé de piraterie informatique avec son fils Emmanuel Philibert, tentant de «brûler» un site Internet qui dévoilait ses malversations.

Post-fasciste

Son arrestation, ainsi que celle de douze complices, dont Salvatore Sottile, le porte-parole de l'ex-ministre post-fasciste des Affaires étrangères, Gianfranco Fini, n'a pas étonné à Rome. Le fils de Marie-José de Belgique et de Humbert II, dernier roi d'Italie, y est connu pour ses intempérances et affaires louches.

Affilié à la loge maçonnique P 2 qui complota contre l'Etat dans les années 70, il a été accusé d'avoir participé avec le shah d'Iran à un trafic d'armes à destination de l'Afrique du Sud. En 1978, il abattit d'un coup de fusil un touriste allemand en Corse et fut acquitté par le tribunal de Paris.

© La Libre Belgique 2006