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Des Yézidis désespérés tentent, en dernier ressort, de racheter les membres de leur famille captifs de l’État islamique (EI). Près de 7000 sont dans les mains du groupe sunnite radical, dont 3 300 femmes, depuis l’offensive du mois d’août.

Ils n’ont pas le choix. Ils se sentent abandonnés”… Nareen Shammo, une journaliste devenue militante de la défense des yézidis, est venue mardi à Bruxelles pour témoigner du sort effroyable de cette minorité qui a été chassée de sa terre natale du Sinjar en Irak et subit aujourd’hui les pires outrages de la part des jihadistes, dont la vente des femmes et filles comme esclaves.

Elle a témoigné pendant une heure trente devant la commission des relations extérieures du parlement belge, sur invitation du député Georges Dallemagne (CDH). Ce dernier avait été interpellé en la rencontrant à Erbil, le chef-lieu du Kurdistan irakien, en septembre dernier.

Les contacts se raréfient

La jeune femme a pu garder des contacts avec certains otages, grâce à leurs téléphones portables, mais reconnaît, dans une interview à “La Libre”, que ces contacts se raréfient au cours des semaines. “Nous les perdons jour après jour”, dit-elle. “L’EI trouve les portables. Les batteries sont déchargées. Ils ont aussi brisé des antennes GSM”.

Pourtant, la militante continue à recevoir des appels et témoignages, qu’elle enregistre parfois sur son portable. Elle parle de Dahid, seul rescapé d’une famille de huit personnes. Dahid tente de racheter, via un intermédiaire, la vie sauve à ses proches. “L’État islamique demandait initialement 40 000 dollars. Ils se sont entendus sur 25 000 dollars. Mais Dahid n’a que 4 000 dollars promis par le gouvernement kurde irakien. Il n’est même pas en mesure de se payer un taxi”, dit-elle.

La terrifiante vidéo

Elle évoque aussi cette terrible vidéo (voir ci-dessous) apparue sur le Net il y a quelques jours et qui montre des jeunes jihadistes plaisanter sur le prix des jeunes yézidies sur le marché de l’esclavage. L’EI, dans le dernier numéro de sa revue de sa propagande, revendique le retour à l’esclavage, un crime contre l’humanité, et estime que ces jeunes filles yézidies doivent être données en cadeau aux combattants.

Ils savent que les Yézidis ont tout perdu”, dit-elle, en larmes. “Ils postent cette vidéo pour détruire tout ce qui reste de notre âme. Leur accent est saoudien. C’est un arabe du Golfe. Mais certains sont aussi des locaux, de Mossoul et de Tal Afar. Ils sont turkmènes ou arabes”.

Elle parle de cette mère qui l’a appelée le matin même, racontant que sa fille de 13 ans avait été battue et violée plusieurs fois.

Près de 600 000 yézidis vivent en Irak, dont 70 % dans la vallée de Sinjar. La plupart ont été déplacés dans des camps en Turquie ou dans le Kurdistan irakien. Alors que l’hiver approche, ils manquent de couvertures, d’abris et de nourriture convenable. “Ils ne sont ni chrétiens, ni chiites. Aucun gouvernement ne juge important de les libérer”.

Pourtant, cela fait des semaines que la militante tente d’avertir le gouvernement irakien, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique. Elle a pu donner une localisation précise des lieux où ils sont détenus. Mais rien ne bouge. Les peshmergas et l’armée irakienne semblent avoir d’autres priorités : reprendre le contrôle des points stratégiques, comme les barrages et les axes principaux, et, en Syrie, sauver Kobané.

Georges Dallemagne a interrogé mardi le nouveau ministre de la Coopération Alexander De Croo. Celui-ci a reconnu que la Belgique n’avait entrepris aucune aide humanitaire autre que les deux millions d’euros décidés le 19 août par le précédent gouvernement.

Ceux-ci ont été transférés au Central Emergency Response Fund (CERF), un organisme qui répartit des fonds aux agences de l’Onu, sans traçabilité réelle.

“Des choix ont dû être opérés”, a dit le ministre, laissant entendre que la Belgique donnait priorité à l’action militaire. En septembre, l’ancien ministre de la Défense, Pieter De Crem, avait estimé à 14,35 millions d’euros le coût du déploiement, au premier mois, de six F-16 dans la région.