International

Donald Trump a conquis la Maison Blanche appuyé par une famille apparemment soudée. Mais aujourd'hui, les révélations sur les liaisons extra-conjugales du président et l'enquête sur la Russie ébranlent son clan.

L'image de la nuit électorale de novembre 2016 est restée: toute la famille Trump rivalisant d'élégance sur la tribune derrière son patriarche. Mais en 16 mois, elle a pris du plomb dans l'aile.

Depuis que la supposée liaison du président avec l'actrice de films X Stephanie Clifford - Stormy Daniels de son nom de scène - a refait surface, le comportement de Melania Trump, troisième épouse de l'ancien magnat de l'immobilier, est scruté à la loupe.

Que la Première dame reste en Floride avec leur fils Barron, 12 ans, après la diffusion dimanche sur CBS de l'interview avec Stormy Daniels, et les médias américains y voient le signe de tensions conjugales, à défaut d'obtenir une réponse de sa part.

Il y a cinq jours, alors que les liaisons supposées du président avec Stormy Daniels ou la "playmate" Karen McDougal défrayaient la chronique et que McDougal s'excusait même auprès d'elle, Melania Trump postait sur Twitter une photo d'elle et son mari, souriants, côte à côte à la Maison Blanche.

Sa porte-parole, Stephanie Grisham, ne laisse rien transparaître non plus. Elle a juste dénoncé dimanche pour le goût des médias pour les "histoires salaces" et demandé à "ne pas y mêler" le nom de Barron.

Cela n'empêche pas certains médias américains de spéculer sur une séparation du couple présidentiel. Un tel évènement serait une première dans l'histoire des Etats-Unis, souligne Sam Abrams, professeur de sciences politiques au Sarah Lawrence College.

Car si les présidents Kennedy, Roosevelt ou Clinton ont eu des liaisons extra-conjugales pendant leur mandat, "à chaque fois, la Première dame est restée à leurs côtés", rappelle-t-il.

Donald Trump pourrait "rompre avec cette tradition comme il a rompu avec d'autres", mais sa femme pourrait aussi "avaler la pilule" et tenir jusqu'au bout un rôle qui lui confère "un vrai pouvoir", estime-t-il.

"Image dégradée" 

Mais au-delà de Melania, ce sont aussi les enfants Trump, surtout les deux aînés issus de son premier mariage, Donald Junior et Ivanka, en première ligne depuis la campagne présidentielle, qui souffrent des différentes controverses.

"On a une avalanche de scandales entourant Trump et ses enfants", souligne Katherine Jellison, historienne à l'Ohio University. "Ils n'ont jamais été perçus comme la famille américaine moyenne", mais "leur image s'est encore dégradée", souligne-t-elle.

Ivanka Trump, ex-mannequin et fille préférée du président, devenue conseillère à la Maison Blanche, est indirectement éclaboussée: Stormy Daniels comme Karen McDougal ont déclaré avoir été comparées à elle par le milliardaire, alors que celui-ci les complimentait.

En février, celle qui représentait les Etats-Unis aux jeux Olympiques de Corée du Sud avait renvoyé dans les cordes les journalistes qui lui demandaient si elle croyait les femmes ayant accusé son père de harcèlement sexuel, accusations qu'il a systématiquement démenties: "Je crois mon père", avait-elle assuré, jugeant la question "déplacée".

Quant à son mari Jared Kushner, qui a joué un rôle-clé dans la campagne et est censé relancer les négociations israélo-palestiniennes, il est en difficulté: un temps qualifié d'éminence grise du président, son influence semble décliner depuis qu'il a perdu, fin février, son accès aux dossiers les plus sensibles de la Maison Blanche.

Il est aussi dans le viseur du procureur spécial Robert Mueller, qui enquête sur la possibilité que ce diplômé de Harvard ait utilisé des contacts avec des dignitaires étrangers au bénéfice de sa propre entreprise immobilière.

Donald Trump Jr, le fils aîné du président qui dirige désormais avec son frère Eric la Trump Organization, la holding qui chapeaute l'empire immobilier de Trump, est lui aussi sur la sellette.

Déjà dans le collimateur pour avoir rencontré pendant la campagne une avocate russe affirmant avoir des informations compromettantes sur Hillary Clinton, il a été sommé de remettre au procureur les documents de la Trump Organization concernant la Russie.

Ses nouvelles sont-elles suffisantes pour affaiblir politiquement le 45e président des Etats-Unis?

Le public est habitué à voir ses infidélités étalées dans les journaux, souligne Sam Abrams. Mais il apparaît néanmoins "comme de plus en plus seul, dépendant de moins en moins de ses conseillers comme de sa famille".