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Oscar Pistorius devra patienter encore quelque temps derrière les barreaux, sa demande de mise en liberté anticipée ayant été suspendue. L’athlète paralympique avait été condamné le 21 octobre 2014 à cinq ans de prison ferme pour "l’homicide par négligence" de sa petite amie Reeva Steenkamp, tuée de quatre balles tirées à travers la porte de la salle de bain de son domicile, le 14 février 2013, alors qu’il pensait faire feu sur un intrus. Oscar Pistorius devait bénéficier dès aujourd’hui d’une liberté anticipée. Cela lui aurait permis d’effectuer le reste de sa peine assigné à résidence. Mais le ministre de la Justice sud-africain, Michael Masutha, a suspendu cette décision à la dernière minute.

Une demande "prématurée"

Une pétition lui avait été présentée par un collectif d’associations de défense des droits des femmes, qui s’opposait à la libération d’Oscar Pistorius. "Le plus grand fléau de notre beau pays est la violence, particulièrement envers les femmes et les enfants", plaidait la pétition, qui s’indignait que l’athlète sorte de prison précisément au mois d’août, "le mois des femmes" en Afrique du Sud.

Le ministre a estimé que la demande de liberté conditionnelle d’Oscar Pistorius avait été prématurée et a demandé qu’elle soit réexaminée par les services compétents, sans préciser de date pour une nouvelle décision.

La loi sud-africaine autorise un prisonnier à faire une demande de liberté surveillée après avoir purgé un sixième de sa peine. Soit dix mois pour Oscar Pistorius. "La libération anticipée est un privilège qui est accordé lorsque le condamné s’est bien conduit pendant la première partie de sa peine et s’il remplit un certain nombre de conditions" , dit Julia Mashele de Dream Team Foundation, une association qui aide les anciens prisonniers à se réinsérer. "Dans le cas d’Oscar Pistorius, la décision a été rendue dès le 5 juin, soit de manière prématurée. Cela peut être considéré comme un traitement de faveur."

Pression de l’opinion publique

Mais les experts en droit pensent que le ministre a agi sous la pression de l’opinion publique. "Les raisons légales invoquées auraient dû l’être dès que la décision d’accorder la liberté conditionnelle a été prise. Pas deux jours avant la sortie du condamné", estime l’avocat criminaliste Martin Hood. L’annonce de la libération imminente d’Oscar Pistorius avait suscité pas mal d’indignation parmi les Sud-Africains, dont beaucoup pensent que la peine infligée au champion handisport n’a pas été suffisamment sévère.

Les parents de la victime, June et Barry Steenkamp, avaient eux-mêmes fait savoir à la commission de l’application des peines qu’ils estiment que "dix mois d’incarcération, ce n’est pas assez pour avoir ôté une vie".

Interprétation du droit

Oscar Pistorius n’est par ailleurs pas au bout de sa bataille judiciaire, puisqu’un procès d’appel doit se tenir au mois de novembre. Le parquet estime que la juge, Thokozile Masipa, a fait une erreur d’interprétation du droit en ne retenant que l’homicide involontaire et qu’elle aurait dû condamner l’athlète pour meurtre puisqu’il a tiré à hauteur d’homme, donc visé pour tuer l’hypothétique intrus.

Ce procès-là ne durera probablement que quelques jours et ne portera que sur l’aspect juridique, sans revoir le fond de l’affaire ou apporter de nouveaux témoignages. Mais s’il est, cette fois, reconnu coupable de meurtre, Oscar Pistorius risque une peine d’au moins quinze ans de prison.