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La Turquie a offert à Mouammar Kadhafi des "garanties" pour un exil mais le dirigeant libyen contesté n'a pas donné suite à cette proposition, reprenant au contraire le bombardement de l'enclave rebelle de Misrata.

Le colonel Kadhafi "n'a pas d'autre solution que de quitter la Libye, avec une garantie qui lui sera donnée... Nous lui avons donné cette garantie. Nous lui avons dit que nous apporterions notre aide pour qu'il soit envoyé là où il le souhaite", a déclaré le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

"Selon la réponse qu'il nous donnera, nous soumettrons cette question à nos alliés (de l'Otan), mais malheureusement, nous n'avons pas reçu de réponse jusqu'à présent", a-t-il ajouté.

Seul pays musulman de l'Alliance, la Turquie ne participe pas aux raids aériens visant depuis le 19 mars le régime de M. Kadhafi qui refuse de quitter le pouvoir et reste combatif malgré les pressions, les sanctions et l'isolement internationaux.

Malgré cette nouvelle tentative de médiation, Tripoli a poursuivi ses attaques contre les rebelles, rouvrant le front de Misrata, cette enclave tenue par l'insurrection à 200 km à l'est de la capitale.

Au moins 20 personnes -civils et rebelles- ont ainsi perdu la vie vendredi, et plus de 80 blessées dans un bombardement à la roquette de type Grad, à l'artillerie lourde et aux obus de chars, a dit la rébellion.

Assiégés et pilonnés pendant deux mois, les rebelles avaient réussi à desserrer l'étau de la ville début mai.

De son côté, l'Otan, qui a prolongé son mandat de trois mois, jusqu'à fin septembre, a visé jeudi 14 cibles du régime dans cette région.

Des chasseurs britanniques ont eux détruit vendredi quatre chars "cachés dans un verger" près de la ville d'Al-Aziziyah au sud-ouest de Tripoli, selon le ministère de la Défense. Les Tornado et Typhoon de la Royal Air Force ont également bombardé une base militaire à Al-Mayah près de la capitale.

Près de trois mois après le début des opérations de la coalition, sous mandat de l'ONU, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a évoqué un manque d'investissements politiques et militaires de la part des alliés occidentaux de l'Alliance. Ces "lacunes" pourraient "compromettre" l'efficacité de la mission passée sous commandement de l'Otan le 31 mars, a-t-il averti.

La Norvège, qui contribue avec six chasseurs F-16 aux frappes en Libye, a malgré tout annoncé qu'elle mettrait fin à sa participation aux opérations le 1er août, alors que les Pays-Bas vont prolonger la leur de trois mois.

Sur le front humanitaire, trois nouveaux bateaux de migrants partis de Libye sont arrivés sur l'île italienne de Lampedusa avec 667 personnes dont des femmes et des enfants.

"Quatre autres bateaux, dont deux en difficulté, vont arriver. Nous préparons une opération pour les secourir", selon les garde-côtes italiens. "Ce sont tous des Africains sub-sahariens qui arrivent de Libye".

Près de 900.000 personnes ont ainsi pris le chemin de l'exode depuis le début du conflit en Libye qui, lancé le 15 février par une révolte contre le pouvoir, a fait aussi des milliers de morts, selon des agences de l'ONU.

Diplomatiquement, une délégation du gouvernement libyen a été reçue vendredi à Nouakchott par le président Mohamed Ould Abdel Aziz. Président du comité de chefs d'Etat de l'Union africaine chargé de trouver une solution négociée au conflit, il avait déclaré à l'AFP que "Kadhafi ne peut plus diriger la Libye".

C'était la première fois qu'un haut dirigeant de l'UA appelait ouvertement au départ du colonel au pouvoir depuis 42 ans, l'UA défendant depuis le début sa "feuille de route" prévoyant une cessez-le-feu et l'instauration d'une période de transition.