Libye: la Belgique aidera au désarmement

Envoyé spécial en Libye, Mathieu Colleyn Publié le - Mis à jour le

International Envoyé spécial en Libye

Une vie "normale" reprend peu à peu à Tripoli. Autour de la place des Martyrs, ex-place Verte, les marchands ont repris leur négoce. Quatre mois seulement ont passé depuis la défaite du régime de Kadhafi.

Une foule dense se fraie un passage dans les embouteillages inextricables de la capitale libyenne lorsque Didier Reynders arrive sur la place symbole de la révolte. La visite de notre ministre des Affaires étrangères est guidée par la représentation diplomatique de la Belgique à Tripoli. Une brève interview et voici que l’attention de toute la délégation belge est attirée par un remue-ménage qui vient d’un coin de la place.

Arrive bientôt une espèce de défilé paramilitaire klaxonnant. Les voilà, ces fameux pick-up surmontés de fusils-mitrailleurs à gros calibres. Des hommes sont juchés dessus et brandissent encore le V de la victoire. C’est surtout ce type d’armes qui pose problème, glisse Didier Reynders en observant le manège. Le ministre des Affaires étrangères venait de boucler une double entrevue. Avec le président du Conseil national de transition libyen Abdel Jalil d’une part et le Premier ministre Al Krib de l’autre. Visiblement, les discussions du jour ont surtout porté sur les problèmes de sécurité, justement.

En effet, les autorités libyennes se gardent bien de se mêler du conflit syrien et se concentrent sur une obsession très intérieure : sécuriser les frontières du pays où trafics d’armes, de drogues et d’êtres humains battent leur plein et désarmer une population où fleurissent des milices privées disposant d’artillerie lourde.

En outre, rares sont les foyers libyens qui ne disposent pas de leur arsenal de guerre. Les autorités se montrent relativement optimistes quant au respect du processus de démocratisation en cours mais, en Belgique comme ailleurs, des craintes se nourrissent de cette situation. Qu’adviendrait-il si des partis politiques venaient à s’associer à ces milices, voire à en émerger, et semer la violence quand viendra l’heure de voter ? Ce message a été transmis par Didier Reynders qui, au passage, a insisté sur l’importance de voir les futurs textes constitutionnels garantir le respect des minorités.

Et, puisque la Belgique a participé activement au renversement du colonel Kadhafi, elle entend continuer à accompagner la transition en Libye, rappelle aussi le vice-Premier ministre. Ainsi, doit-elle prochainement apporter un léger soutien financier (200 000 à 300 000 euros à un fonds américain destiné à indemniser les Libyens qui rendraient leurs armes.

Le paradoxe est patent. Alors que la FN Herstal a en son temps armé la Libye avec la bénédiction du gouvernement wallon (lire "La Libre" de ce 13 février), voici que la Belgique participe à son désarmement.

Le ministre libéral ne voit pourtant rien d’absurde là dedans. "Je pense que faire en sorte qu’une population puisse se débarrasser d’un dictateur est plutôt une bonne démarche", botte en touche le futur ex-liégeois. Et puis, plutôt que de désarmer directement la Libye, la Belgique préférera soutenir une politique d’intégration des nombreux jeunes qui ont connu la guerre, explique Didier Reynders. Notamment par le soutien à des formations permettant leur retour dans la vie civile. Cette jeunesse pourrait également être intégrée dans de nouvelles forces de sécurité (avec leurs armes). On parle notamment d’un nouveau contingent de 25 000 hommes qui seraient déployés aux frontières du pays.

Le souci principal des autorités libyennes est donc bien d’assurer elles-mêmes l’ordre public. Notamment pour restaurer un système de santé digne de confiance, ce que la Belgique veut soutenir également, assure Didier Reynders.

Mais pour y arriver, il faudra pacifier et désarmer. Et pour désarmer, il faut parfois des armes, aurait glissé un responsable libyen à la délégation belge. Encore un triste paradoxe.

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