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Si les officiels autrichiens savourent aujourd'hui la victoire aux prolongations du chancelier Schüssel, en Belgique, qui fut à la pointe des réactions contre l'arrivée au pouvoir du parti de Jörg Haider, il n'est pas question de parler défaite.

Je ne pense pas que c'est une défaite, a réagi hier Louis Michel, dans un entretien avec La Libre Belgique. Il y a eu une prise de conscience dans certains milieux en Autriche. Si nous n'avions pas mené ce combat-là, le fait serait passé de manière tout à fait banalisée, avec la conséquence que le FP aurait reçu un degré d'honorabilité.

Certes, le parti de Haider est toujours au pouvoir, ajoute le ministre belge des Affaires étrangères, mais l'Union européenne a désormais un article 7, approuvé au sommet de Nice, qui permet d'avoir un mécanisme dissuasif à la veille de l'élargissement.

Il y a un an, les Européens n'avaient aucun instrument juridique en mains - ce que Vienne ne manqua pas de souligner. Nous avons été jusqu'au bout de ce que nous pouvions faire.

Louis Michel s'est incliné en septembre dernier quand un rapport de trois sages européens a recommandé la levée des sanctions bilatérales contre le gouvernement de Wolfgang Schüssel. Je suis sans doute quelqu'un de très guerrier dans mes convictions philosophiques mais je suis aussi très légaliste, ajoute M.Michel. Je me suis incliné devant la volonté des quatorze.

Avec le Portugal et la France, la Belgique avait été le pays le plus en pointe dans les sanctions. Louis Michel avait conseillé de ne pas aller skier en Autriche. Hervé Hasquin avait suspendu les classes de neige. André Flahaut avait interdit aux militaires de participer au championnat de ski. Et des taximen bruxellois avaient même menacé de ne plus embarquer de citoyens autrichiens.

Si le libéral Louis Michel et le socialiste André Flahaut sont sortis sans trop de casse de l'imbroglio autrichien, il n'en est rien des partis sociaux-chrétiens.

Wilfried Martens, le président du Parti populaire européen (PPE), a dû gérer une crise interne qui a vu le PSC se mettre brièvement en marge du parti européen pour protester contre la présence des députés autrichiens de l'VP, la formation du chancelier Schüssel.

Le CVP était loin d'être enthousiaste à l'égard des sanctions mais avait choisi de garder profil bas pour ne pas compliquer la tâche de M. Martens.

Le PPE est depuis traversé par une cassure entre un courant centriste et un courant de centre-droit, où se retrouvent la CDU allemande, la CSU bavaroise et l'VP.

Wilfried Martens ne s'est jamais exprimé sur le fond dans l'affaire autrichienne. Il était à l'étranger vendredi, et injoignable selon son bureau à Bruxelles.

Gérard Deprez, membre du PPE, était en faveur des sanctions contre le gouvernement Schüssel mais pas contre la population. Il fallait un acte officiel pour dire que l'arrivée de l'extrême droite dans un gouvernement européen n'est pas un acte banal, dit-il, mais la déclaration sur le ski ou le boycott des écoles, c'était stupide.

Le chef de file du Mouvement des citoyens pour le changement (MCC) salue en revanche la performance du chancelier Schüssel qui a procédé à une remise en ordre des finances publiques et a remis en question le principe de la neutralité autrichienne.

Deprez note aussi que le FP, au pouvoir, a essuyé deux défaites lors de scrutins régionaux. Le prochain test sera les municipales à Vienne le 25 mars. Le FP présente comme tête de liste une ancienne juge, Helene Partik-Pable, connue pour ses diatribes contre l'immigration. Les sondages lui président une chute jusqu'à 12pc des voix. Le test des urnes sera finalement le seul pertinent.

© La Libre Belgique 2001