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Le président palestinien a plaidé lundi une "reconnaissance rapide" de la Palestine comme Etat indépendant par l'Union européenne. Une manière, selon lui, d’encourager le peuple palestinien "à continuer à espérer la paix". Mais les Européens, divisés sur la question, ne sont pas prêts à franchir ce pas.

Mahmoud Abbas avait fort à faire lundi à Bruxelles. Le président palestinien espérait convaincre l’Union européenne de "reconnaître rapidement l’Etat de Palestine", en guise de réplique à la reconnaissance américaine de Jérusalem en tant que capitale d’Israël. Il en a adressé la demande officielle lors d’une réunion de travail avec les ministres des Affaires étrangères de l’Union. Non sans estimer qu’il n’y avait pas de "contradiction entre une telle reconnaissance et la reprise de négociations de paix" avec Israël. Au contraire, cette reconnaissance de la Palestine en tant qu’Etat indépendant par l’UE, qualifiée par M. Abbas de "véritable partenaire et amie", permettrait selon la direction palestinienne de garantir un traitement "équivalent" des parties au conflit, dans la perspective d’une réactivation du processus de paix.

Cette équivalence de traitement n’a été rencontrée, lundi, que sur le plan du protocole. M. Abbas était accueilli en marge de la réunion mensuelle du Conseil Affaires étrangères, présidé par la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, ainsi que l’avait été, le 11 décembre, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. La Haute représentante de l’UE a indiqué que semblable invitation a été lancée aux chefs de la diplomatie de six ministres de pays arabes pour le Conseil Affaires étrangères de février. Le président Abbas a plaidé que la reconnaissance d’un Etat palestinien "encouragerait le peuple de Palestine à continuer à espérer la paix, cela ouvrirait la voie à la paix". Vœu pieu : les Vingt-huit sont très divisés sur la question. La Suède a reconnu l’Etat palestinien en octobre 2014; la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la République tchèque et la Slovaquie (alors un seul et même pays) l’avaient fait en 1988,à l’époque où ces pays faisaient encore partie du ‘’bloc de l’Est". Les Européens ne se sont pas plus engagés à conclure avec l’Autorité palestinienne un accord d’association. Le sujet est dans les tuyaux, fait l’objet de discussions entre l’UE et les chancelleries européennes, mais n’est pas encore prêts d’aboutir. L’engagement le plus concret avec lequel repart le raïs est la promesse des Européens de continuer à soutenir économiquement et financièrement la Palestine (et l’UNRWA, l’agence de l’Onu pour les réfugiés palestiniens).

Mike Pence lance un avertissement à Abbas

M. Abbas avait trop à faire donc pour prêter une réelle attention aux déclarations du vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, depuis Jérusalem où il était accueilli par Benjamin Netanyahou pour discuter de "paix et de sécurité" , ainsi que ce dernier l’avait annoncé la veille. "Pour ce qui est de la paix, j’ai un message à l’attention d’Abou Mazen", a déclaré M. Pence à son arrivée, lundi en Terre sainte, citant le nom de guerre du leader palestinien : "Il n’y a pas d’alternative au leadership américain pour mener le processus diplomatique." Et d’ajouter : "Quiconque refuse de parler de la paix avec les Américains ne veut pas la paix." Un message cinglant en guise de réponse à la volonté affichée par la direction palestinienne de "boycotter" les Etats-Unis dans son rôle médiateur du conflit israélo-palestinien, suite à l’annonce américaine du 6 décembre concernant Jérusalem. Il a précisé que l’ambassade américaine en Israël, transférée de Tel Aviv à Jérusalem, ouvrira ses portes avant fin 2019. Les Etats-Unis, a-t-il ajouté, "pressent fortement" les Palestiniens de revenir à la table des négociations.

M. Abbas avait refusé en décembre de recevoir Mike Pence dans le cadre d’une tournée prévue ce mois-là dans la région. Les Palestiniens avaient annulé la rencontre, prévue plus tard dans le mois, estimant que les Etats-Unis avaient perdu leur rôle de médiateur historique. Washington avait ensuite annulé le voyage de M. Pence, le temps que les choses se tassent. Elles ne se sont guère tassées, au contraire. Ce dernier est toujours persona non grata chez les Palestiniens, aucune réunion n’étant prévue entre M. Pence et les responsables palestiniens lors de son voyage actuel.

L’Union européenne, pour sa part, entend jouer un rôle de premier plan dans la relance du processus de paix qui doit, selon elle, s’opérer dans un cadre multilatéral, intégrant, outre les deux parties, le Quartet pour le Moyen-Orient (Etats-Unis, Russie, UE, Onu) et les pays arabes voisins. "qui ont fait beaucoup ces derniers mois pour garder la situation sous contrôle", C’est dans ce contexte que l’UE et la Norvège ont annoncé la convocation d’une réunion extraordinaire des donateurs pour la Palestine, le 31 janvier prochain, à Bruxelles.Cette réunion sera, rappelle l’Italienne, la première occasion de réunir toutes les parties autour de la table, depuis l’annonce de la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président américain Donald Trump (pour autant que tout le monde réponde à l’invitation).

Quant au rôle dévolu à Washington dans le processus de paix, la position européenne est la suivante, a rappelé l’Italienne : "Il est clair que les Etats-Unis seuls n’y parviendront pas mais que la communauté internationale sans les Etats-Unis n’y parviendra pas non plus."