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Le régime éthiopien, dirigé par le nouveau Premier ministre, Abiy Ahmed, a fait souffler mardi un vent de réformes sur le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique en annonçant la fin de son différend frontalier avec l'Erythrée et l'ouverture au privé du capital de grandes entreprises publiques.

Ces deux annonces surprises représentent des changements de politique majeurs imprimés par M. Abiy, désigné en avril à la suite de la démission en février de son prédécesseur, Hailemariam Desalegn, emporté par une crise politique sans précédent depuis l'accession au pouvoir du régime actuel en 1991.

C'est par communiqué, publié sur son compte Facebook, que la coalition au pouvoir, l'EPRDF, a renversé la table.

Sur le front diplomatique, le régime a annoncé sa volonté "sans hésitation" de mettre un terme à son litige frontalier avec son voisin devenu ennemi juré, l'Erythrée.

"Le gouvernement éthiopien a décidé de mettre en oeuvre pleinement l'accord d'Alger (signé en 2000 pour mettre fin au conflit entre les deux pays) et (les conclusions) de la commission sur la démarcation de la frontière", écrit la coalition au pouvoir dans son communiqué.

"Deux pays frères" 

Dans son discours d'investiture début avril, le Premier ministre Abiy avait promis de travailler à restaurer la paix avec l'Erythrée. Reste à présent à savoir si l'Erythrée acceptera cette main tendue.

"Le gouvernement érythréen devrait adopter la même position sans condition préalable et accepter notre appel à restaurer la paix trop longtemps perdue entre les deux pays frères, comme c'était le cas auparavant", a ajouté l'EPRDF.

L'Erythrée a accédé à l'indépendance en 1993, faisant perdre à l'Ethiopie son unique façade maritime sur la mer Rouge.

Entre 1998 et 2000, les deux voisins se sont livrés une guerre fratricide qui a fait au moins 80.000 morts, notamment en raison de divergences sur la démarcation de leur frontière.

Un accord de paix avait été signé fin 2000 à Alger puis une commission d'arbitrage soutenue par l'ONU avait tranché sur le tracé de la frontière, attribuant notamment la localité de Badme, point de contentieux, à l'Erythrée. Mais l'Ethiopie a continué jusqu'à présent à occuper Badme.

Depuis, les deux pays maintiennent de nombreuses forces de long de leur frontière de 1.000 km de long et des affrontements périodiques ont laissé craindre une reprise d'un conflit à grande échelle, notamment en 2016.

Outre cette annonce majeure, le régime éthiopien a également pris des mesures susceptibles de changer la face de l'économie du pays, en ouvrant notamment au secteur privé le capital des plus grandes entreprises publiques, dont la compagnie aérienne Ethiopian Airlines, tout en gardant la majorité de contrôle.

Ethiopian Airlines est une des plus importantes compagnies aériennes sur le continent africain et Addis Abeba est devenu un hub tirant profit de sa situation géographique privilégiée pour des lignes à destination du reste de l'Afrique, de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Asie.

Outre la compagnie aérienne nationale, cette décision concerne également l'entreprise publique de télécoms Ethio Telecom ou encore la compagnie d'électricité.

Etat d'urgence levé 

La coalition au pouvoir a ajouté mardi que les chemins de fers, des parcs industriels et des usines pourraient, eux, être complètement privatisés.

Cette mesure "doit permettre aux citoyens éthiopiens vivant à l'étranger, qui souhaitent depuis longtemps participer au développement de leur pays, ainsi qu'aux étrangers avec leur savoir faire et leurs devises, de jouer un rôle positif dans notre croissance", a précisé l'EPRDF.

L'économie éthiopienne, très largement sous le contrôle de l'Etat, a enregistré entre 2004 et 2016 une croissance annuelle moyenne de près de 10,5% mais de nombreux analystes ont récemment mis en garde contre l'impact négatif sur l'investissement des restrictions imposées par Addis Abeba sur les mouvements de devises étrangères.

Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 8,5% pour 2018 en Ethiopie.

Un peu plus tôt dans la journée, le Parlement éthiopien avait voté la levée de l'état d'urgence décrété par le gouvernement au lendemain de la démission de l'ancien Premier ministre en février, une nouvelle mesure d'ouverture après la restauration de l'internet sur l'ensemble du territoire et la libération récente de prisonniers politiques.