International

Elle en a fait l'objectif d'une vie. Ses détracteurs disent qu'elle ne "pense qu'à ça". Nicola Sturgeon, Première ministre d'Ecosse, milite plus que jamais pour l'indépendance de sa région alors que le Brexit lui offre de nouveaux arguments.

La patronne des indépendantistes espère confirmer jeudi, lors des élections législatives britanniques, la santé insolente du Parti nationaliste écossais (SNP, centre-gauche) qu'elle dirige d'une main ferme depuis 2014.

Il lui sera sans doute difficile de faire aussi bien qu'en 2015 où le SNP avait raflé 56 des 59 sièges alloués à l'Ecosse. Mais les sondages continuent à être flatteurs pour elle, même si, à quatre jours du scrutin, l'impact électoral en Ecosse du sanglant attentat jihadiste de samedi à Londres ajoute une incertitude.

Lorsque Mme Sturgeon, 46 ans, dont trente au service exclusif de son parti, a succédé au truculent Alex Salmond au lendemain du référendum d'autodétermination, perdu avec les honneurs en 2014 (55% à 45%), peu en dehors des Highlands connaissaient cette femme énergique au carré blond sophistiqué.

Depuis, elle a intégré le club fermé des cent femmes les plus puissantes du monde, selon le dernier classement Forbes.

Il faut dire qu'elle ne ménage pas sa peine depuis qu'elle a rejoint le SNP à l'âge de 16 ans, en tant que coordinatrice adjointe pour la jeunesse.

L'ancien secrétaire d'Etat pour l'Ecosse, Michael Moore, se rappelle encore comment elle révisait le mandarin à l'aéroport d'Edimbourg en attendant l'arrivée ultramédiatisée, en 2011, de deux pandas de Chine pour le zoo de la ville.

Pas de répit

"C'est une workaholic", résume Rebecca McQuillan du quotidien Herald Scotland. "Elle est capable de se détendre mais garde toujours un oeil sur son téléphone", confirme à la BBC Joan, la mère de Nicola Sturgeon, elle-même élue locale du SNP.

La famille baigne dans la politique. Peter Murrell, son mari, est directeur général du SNP. Le couple, sans enfants, s'est rencontré il y a plus de vingt ans lors d'une réunion des jeunes du parti.

L'actualité politique brûlante n'offre aucun répit. La campagne pour les législatives est la quatrième en moins de trois ans pour la cheffe du SNP, la dernière ayant abouti au vote pour le Brexit lors du référendum du 23 juin 2016.

Aussitôt le résultat connu, la juriste de formation s'est muée en ardente avocate d'un maintien de l'Ecosse dans l'UE. Et rapidement, elle a réclamé un nouveau référendum d'indépendance, refusé par Londres pour l'instant.

Ses adversaires l'accusent de ne penser qu'à ça, au détriment de tout le reste. "L'indépendance, c'est tout ce qui l'intéresse", fustige Ruth Davidson, la cheffe des conservateurs d'Ecosse.

'Le Brexit ? Un prétexte'

"Nicola Sturgeon se réveille chaque matin avec un nouvelle idée pour arriver au referendum. Le Brexit n'en est que le dernier prétexte", abonde Kezia Dugdale, la patronne du parti travailliste écossais.

Face aux critiques, l'intéressée, que certains médias ont rebaptisée "la reine des Ecossais", rappelle simplement que 62% des Ecossais voté contre Brexit et qu'il était de son devoir de défendre leur opinion. Quitte à être présentée comme "la femme la plus dangereuse de Grande-Bretagne" par la presse de droite.

Elevée "dans une famille ouvrière on ne peut plus normale" à Dreghorn, sur la côte ouest de l'Ecosse, Nicola Sturgeon aime rappeler qu'elle s'est forgée sa conscience politique dans le rejet du thatchérisme.

Ambitieuse, déterminée, elle a pourtant longtemps cultivé elle-même une réputation de "Dame de fer". Mais depuis qu'elle est devenue leader du SNP, elle "a transformé son image de manière radicale" en se montrant beaucoup plus "chaleureuse", selon David Torrance, auteur d'une biographie non-autorisée.

Nicola Sturgeon répond qu'une plus grande confiance en elle l'a aidée à s'ouvrir aux autres. Jusqu'à révéler des détails intimes comme lorsqu'elle a annoncé l'année dernière avoir subi une fausse-couche en 2011.

Longtemps secrète sur cette épreuve, elle a choisi d'en parler pour "combattre les préjugés sur les femmes qui n'ont pas d'enfants, surtout en politique".