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Les premiers effets de la crise ont commencé à se faire sentir à Dubaï, mais cela n'empêchera pas cette ville de tous les excès d'être le théâtre jeudi soir de la "party" la plus extravagante de l'année pour l'inauguration d'un nouvel hôtel sur une île artificielle en forme de palmier.

Plus de 2.000 célébrités venues du monde entier, surtout des Etats-Unis, dont Oprah Winfrey et Robert De Niro, doivent assister à cette soirée, décrite par un quotidien local comme "la +party+ de la décennie".

Le point d'orgue en sera un feu d'artifice géant qui, à en croire le dossier de presse, sera "sept fois plus grand que celui de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques" de Pékin et "visible de l'espace"!

La facture? Vingt millions de dollars (environ 16 millions d'euros), selon l'homme qui a organisé cette petite fête, Sol Kerzner, le magnat sud-africain de l'hôtellerie.

"Nous avons construit quelque chose d'assez extraordinaire. Il faut que nous le disions au monde", a-t-il déclaré dans une interview à l'AFP à propos de sa dernière oeuvre, "Atlantis, The Palm", un hôtel de grand luxe bâti dans le cadre d'une joint-venture avec la société de Dubaï Nakheel et qui a coûté 1,5 milliard de dollars (environ 1,2 milliard d'euros).

Promoteur immobilier contrôlé par l'émirat, Nakheel a attaché son nom à certains des projets les plus grandioses de Dubaï, notamment trois îles artificielles en forme de palmier, dont celle de Jumeirah.

M. Kerzner, 73 ans, a acquis fortune et notoriété dans les années 1970 et 1980 en bâtissant dans son pays natal hôtels et casinos, dont le fameux complexe de Sun City, sur le territoire de plusieurs bantoustans, ces réserves noires auxquelles l'apartheid avait octroyé une indépendance ou une autonomie factice.

A l'image de Dubaï, il a un goût prononcé pour les défis et les projets de type pharaonique. Là réside peut-être l'explication de ce partenariat, pas évident de prime abord, entre cet homme d'affaires juif et les dirigeants d'un émirat arabe du Golfe.

Situé au sommet du tronc du Palm Jumeirah, l'Atlantis occupe toute la partie centrale d'une énorme jetée.

Le bâtiment, qui compte 1.539 chambres, est formé de deux tours de couleur rosâtre reliées par un pont abritant une suite. Le prix de celle-ci est de 35.000 dollars la nuit (environ 28.000 euros) et il y a une liste d'attente.

Inspiré d'un premier Atlantis construit par M. Kerzner aux Bahamas, l'Atlantis de Dubaï n'est pas un cinq étoiles comme les autres: on y trouve aussi le plus grand parc aquatique du Moyen-Orient et un gigantesque aquarium contenant 11 millions de litres d'eau et 65.000 poissons, dont un énorme cétacé.

Mais le projet a été lancé à une époque où personne n'imaginait la crise économique et financière actuelle. Est-il viable dans ce nouveau contexte?

M. Kerzner n'en doute pas. "Je suis optimiste", dit-il, expliquant avoir conçu cet hôtel "pour le moyen et long terme".

A court terme, il reconnaît toutefois que toute prévision est difficile, même si l'hôtel, qui est en fait ouvert depuis le 24 septembre, affiche, selon lui, un taux d'occupation d'environ 80%. "Nous ne savons pas combien de temps il faudra à l'économie mondiale pour décoller de nouveau", dit-il.

A Dubaï comme dans le reste du Golfe, la majorité des touristes viennent d'Europe, notamment de Grande-Bretagne, des pays durement frappés par la crise, ce qui risque d'avoir des répercussions directes pour l'Atlantis.

Kerzner International n'a d'ailleurs pas été épargnée par la crise, puisque la société a récemment licencié 800 des employés de l'"Atlantis Paradise Island Resort" aux Bahamas, en raison de la chute du nombre des touristes américains.

Après s'être d'abord cru à l'abri, Dubaï, comme tout le Golfe, a dû se rendre à l'évidence. La Bourse locale a ainsi perdu les deux tiers de sa valeur depuis le début de l'année et le secteur immobilier, moteur de l'économie locale, a commencé à licencier.

Nakheel a d'ailleurs annoncé lundi qu'il avait décidé de réduire ses activités.