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La débâcle de groupes jihadistes comme l'Etat islamique (EI) n'a pas provoqué de recul des violences contre les chrétiens, dont la "persécution" dans le monde est même en hausse pour la cinquième année consécutive, selon l'ONG Portes ouvertes.

Cette organisation protestante a publié mercredi son index 2018 des 50 pays où les chrétiens sont les plus "persécutés", qui fait état de 215 millions de personnes victimes d'un degré de persécution "fort à extrême", soit un fidèle du Christ sur 12 dans le monde.

La Corée du Nord figure pour la 17e fois d'affilée en tête de ce classement annuel, bâti sur des indicateurs mesurant les violences exercées mais aussi une oppression quotidienne plus discrète. Suivent l'Afghanistan, la Somalie, le Soudan, le Pakistan, l'Erythrée, la Libye, l'Irak, le Yémen, l'Iran et l'Inde, dernier pays classé en "persécution extrême".

Globalement, la situation se dégrade pour la cinquième année d'affilée, l'indicateur de "persécution" progressant de 1,13% sur douze mois, et même de 2,22% pour ce qui est des formes d'oppression les plus violentes.

Premier enseignement mis en exergue dans le rapport de Portes ouvertes: "Le recul des groupes extrémistes ne signifie pas le recul de la persécution".

Ainsi, en Irak, la défaite militaire des sunnites salafistes de l'EI n'empêche pas que des "discours de haine" antichrétienne soient diffusés au sein de "mosquées radicalisées" et dans les milieux chiites, estime l'ONG.

Au Nigeria, si le groupe jihadiste Boko Haram est affaibli, "les chrétiens sont toujours confrontés à de fortes violences commises par les éleveurs peuls de la Ceinture centrale du pays", accuse l'organisation protestante.

Du 1er novembre 2016 au 31 octobre 2017, au moins 3.066 chrétiens ont été tués dans le monde pour des raisons liées à leur croyance" - un chiffre en forte hausse sur un an (+154%) -, et les deux tiers d'entre eux l'ont été sur le seul sol nigérian, selon Portes ouvertes.

"Nationalisme religieux"

Globalement, le nombre d'églises ciblées (fermées, attaquées, endommagées, incendiées...) est en recul: 793 l'ont été entre novembre 2017 et octobre 2017, contre 1.329 un an plus tôt.

"Cette baisse est une bonne nouvelle, qui s'explique en partie par le fait que les églises sont mieux gardées par la police au Pakistan", a expliqué à l'AFP Michel Varton, directeur de Portes ouvertes France.

Cette évolution n'a pas empêché l'attaque jihadiste sanglante contre une église méthodiste de Quetta (sud-ouest du Pakistan) en décembre, survenue après la période prise en compte par l'index 2018.

Avec 168 églises ciblées et 110 chrétiens détenus (sur 1.922 dans le monde), le Pakistan est l'un des pays où la situation est la plus préoccupante.

"La loi anti-blasphème y condamne de peine de mort immédiatement tout blasphème envers le prophète de l'islam. C'est le pendant légalisé de ce qui est arrivé en France avec Charlie Hebdo", a affirmé lors d'une conférence de presse à Paris l'évêque anglican Michael Nazir-Ali, Pakistanais en exil en Grande-Bretagne.

Ce prélat a rappelé la situation d'Asia Bibi, une mère de famille chrétienne toujours emprisonnée après avoir été condamnée à mort pour blasphème en 2010.

Alors que l'Afrique "reste le continent le plus violent pour les chrétiens", Portes ouvertes s'inquiète d'un "nationalisme religieux" qui "s'installe et se durcit" en Asie du Sud-Est.

C'est le cas en Inde, "où les extrémistes hindous agissent en toute impunité", affirme l'ONG. Ou encore de la Birmanie, 24e pays du classement, où toute conversion au christianisme est mal vue par les moines bouddhistes les plus radicaux.

Portes ouvertes prévient que ses chiffres relatifs au nombre de tués, qui ne concernent que les assassinats de chrétiens "prouvés de manière certaine" sur la foi d'informations recoupées émanant du terrain, de la presse et d'internet, sont "en-dessous de la réalité". Ainsi la Corée du Nord n'apparaît pas dans le relevé des morts, faute de "données fiables" dans "le pays le plus fermé de la planète".