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En procédant en février à un coup de filet dans les milieux islamistes radicaux des cantons de Fribourg et de Berne, la police suisse est tombée sur un «ressortissant belge» dont le nom n'a jamais été rendu public. «La Libre Belgique» a appris hier qu'il s'agit de Malika El Aroud, l'ex-épouse de l'un des kamikazes qui a tué le commandant afghan Massoud.

Cette islamiste née à Tanger (Maroc) en 1959 a été interpellée le 22 février à Guin lors d'une rafle visant un groupe d'islamistes tunisiens diffusant de la propagande sur Internet.

L'affaire n'a été dévoilée par le gouvernement suisse que le 4 mars, et ce n'est qu'aujourd'hui, de source belge, qu'on apprend que l'une des cinq personnes interpellées par la police helvétique, n'est autre que Malika.

L'ex-épouse d'Abdessattar Dahmane s'est domiciliée en Suisse après un nouveau mariage religieux avec le Tunisien Moez Garsallaoui. Ils résidaient légalement en Suisse. Le Tunisien était l'administrateur du site. Il a été placé en détention préventive. Poursuivis «pour provocation publique au crime ou à la violence et pour soutien à une organisation criminelle à vocation terroriste», les suspects sont accusés d'avoir mis sur pied un site Internet particulièrement virulent.

Ouvert en juin 2004, fermé en septembre dernier, le site islamic-minbar.com a diffusé, en plus d'innombrables photos de Ben Laden, la mise à mort d'otages en Irak et des mutilations d'êtres humains. «Il était aisé d'y visualiser des instructions détaillées sur la construction de bombes ou sur la marche à suivre lors d'attentats ou de prises d'otages», a indiqué le 4 mars le bureau du Procureur fédéral suisse.

Islamic-minbar, qui a par la suite changé de nom, a aussi diffusé des revendications d'attentats au Pakistan et contre deux avions civils russes. Ce qui a particulièrement intrigué les polices européennes, c'est la revendication, le 6 septembre dernier, par un mystérieux «Haut commandement de l'Armée islamique» de l'enlèvement des deux journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chenot et une demande de rançon de 5 millions de dollars pour leur libération.

En tout cas, Malika El Aroud continue sa cavale islamiste, malgré les avertissements de la présidente du tribunal correctionnel de Bruxelles qui l'avait acquittée, en 2003, dans le procès Massoud-Trabelsi.

La jeune femme - qui a publié à son compte un livre célébrant la guerre sainte («Les soldats de Lumière») - s'était mariée à Dahmane devant le cheikh Bassam à Molenbeek en 1999. Les enquêteurs belges continuent à penser qu'elle joua un rôle dans la radicalisation de son mari, qui finit par partir dans les camps afghans où il reçut pour mission de tuer Massoud. Leur périple afghan a été raconté par la journaliste belge Marie-Rose Armesto dans son livre «Son mari a tué Massoud».

© La Libre Belgique 2005