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Il ne suffit pas de quitter les affaires pour que celles-ci ne vous poursuivent plus. Nouri al-Maliki risque bien de l’apprendre à ses dépens. L’ex-Premier ministre irakien (2006-2014), contraint de renoncer à un troisième mandat l’an dernier, pourrait être poursuivi en justice pour sa responsabilité dans la chute de Mossoul en juin 2014. En quelques jours, la troisième ville d’Irak (nord) était tombée aux mains des combattants du groupe Etat islamique (EI ou Daech), qui en a depuis fait sa "capitale". L’armée et la police s’étaient retirées presque sans combattre.

Le rapport parlementaire qui conclut à la responsabilité de M. Maliki et recommande sa traduction en justice a été adopté lundi par le Conseil des représentants (la chambre basse du Parlement irakien). Ce rapport, qui établit aussi la responsabilité d’une trentaine de hauts responsables irakiens dans ce fiasco, sera transmis à la justice et à l’actuel Premier ministre, Haïder al-Abadi, qui pourrait prendre l’initiative d’en déférer certains devant une cour martiale. Bien que collègue de M. Maliki au sein du parti chiite Dawa, M. Abadi est aussi le rival politique de l’ancien homme fort d’Irak, dont la gestion du pays s’est faite au détriment des sunnites. C’est l’un des facteurs qui a contribué à la montée du ressentiment de cette communauté, minoritaire en Irak, et à l’émergence du groupe extrémiste ultraviolent qui a "conquis" environ un tiers du pays.

Révision improbable

Une trentaine de hauts responsables de l’Etat et de l’armée sont aussi visés par ce rapport. Parmi ceux-ci figurent l’ancien ministre de la Défense suppléant, Saadoun al-Doulaimi; l’ancien chef d’état-major, Babaker Zebari; l’ancien commandant des forces terrestres, Ali Ghaidan; l’ancien vice-ministre de l’Intérieur, Adnan al-Assadi; ou encore l’ex-commandant de police du gouvernorat de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu. Nouri al-Maliki, en tant que commandant en chef de l’armée, a contribué à affaiblir le commandement de l’armée en préférant nommer des responsables loyaux plutôt que compétents.

Le 9 août dernier, Haïder al-Abadi avait adopté un plan de réforme de l’Etat incluant la suppression des trois postes de vice-président, parmi lesquels figure Nouri al-Maliki. Cette mesure nécessiterait toutefois une révision constitutionnelle, improbable dans le contexte d’insurrection générale de Daech dans le pays.

Dimanche, M. Abadi a commencé à concrétiser cette réforme en amputant onze postes ministériels (dont celui des Droits de l’homme et le "secrétariat" d’Etat aux Droits de la femme), réduisant d’un tiers la taille de son gouvernement. C’est la première mesure concrète de ce plan visant à enrayer la corruption et, surtout, calmer la rue. Ces dernières semaines, la population irakienne a multiplié les manifestations à Bagdad et dans le sud pour dénoncer la corruption, la mauvaise gouvernance et l’incompétence des dirigeants. Le tout dans le sillage de coupures d’électricité survenues alors qu’une vague de chaleur a fait grimper les températures au-delà des 50 degrés.

La commission parlementaire ayant enquêté sur Mossoul s’est aussi penchée sur la prise de Ramadi. Son rapport devrait aboutir prochainement.