International Depuis 2006, près de 15 000 migrants ont débarqué sur l’île, une des portes d’entrée les plus empruntées de l’Union européenne. Nombreux sont ceux qui n’en sont jamais repartis, et qui tentent de s’y réinventer une vie.

Ici, on m’appelle 12S021 !" Assis sur une vieille chaise en bois, Ali (*) joue les entremetteurs pour un groupe de Somaliennes qui désirent ardemment se faire comprendre. Le dos appuyé sur la tôle du container qui sert d’abri, il explique : "12 c’est parce que je suis arrivé en 2012, S correspond à mon bateau et 021 signifie que j’étais le 21e à sortir de l’embarcation". Autour d’Ali, les cinq occupantes du container reviennent sur leurs parcours : "Les Shebab m’ont violée à deux reprises. Ils m’ont dit que je n’étais qu’une prostituée. Nous étions fermiers à l’intérieur du pays, nous vivions tranquilles. Ma cousine était à mes côtés quand ça s’est produit, depuis elle s’est pendue, elle ne pouvait supporter la honte…" Alors, Zebina (*), 25 ans, a fui via l’Ethiopie et la Libye avant d’affronter la Méditerranée pendant plusieurs jours. Dans leurs 18 m2, Zebina et ses quatre colocataires d’infortune se sont aménagées un semblant de vie. Trois fenêtres illuminent un frigo et une kitchenette alimentée par une bombonne de gaz située à l’extérieur. Chaque mois, elles vivotent avec les 130 euros mensuels et le repas quotidien qu’octroie le gouvernement maltais à chaque migrant accepté dans l’un des six centres ouverts que compte l’île. Pour le reste, c’est le système D.

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