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Une polémique en Allemagne autour de l'intervention des forces de l'ordre contre une équipe de télévision pendant une manifestation d'extrême droite a pris de l'ampleur jeudi, le gouvernement parlant de faits "inquiétants". 

"Les événements en Saxe sont vraiment inquiétants", a déclaré à propos de cette affaire la ministre sociale-démocrate de la Justice Katarina Barley. 

Elle a réclamé que toute la lumière soit faite par les autorités de cet Etat régional de l'Est du pays, gouverné par les conservateurs d'Angela Merkel mais haut lieu du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) et de diverses mouvances néonazies.

"Je veux ici expressément plaider en faveur de la liberté de la presse", a quant à elle déclaré la chancelière lors d'une conférence de presse à Tbilissi en Géorgie, où elle est en visite. Même si le droit de manifester doit être respecté, "quiconque participe à une manifestation doit partir du principe qu'il peut être observé et filmé par les médias", a-t-elle ajouté.

Les faits remontent à une semaine: des journalistes de la chaîne de télévision publique ZDF ont été pris à partie par un manifestant, qui leur a intimé l'ordre d'arrêter de filmer une action de protestation du mouvement populiste anti-islam Pegida et de l'AfD contre la venue le même jour de la chancelière à Dresde, capitale de Saxe.

L'homme leur a reproché de manière véhémente de l'avoir filmé directement "en plein visage", les a accusés d'avoir commis un délit et fait appel à la police qui se trouvait à proximité pour lui demander d'intervenir.

Les forces de l'ordre ont alors questionné les journalistes pendant trois quarts d'heure, les empêchant de continuer à filmer.

Le reporter de ZDF Arndt Ginzel avait posté sur les réseaux sociaux les images de l'incident, vues entretemps par près d'un million de personnes.

ZDF a officiellement protesté au nom de la liberté de la presse. Le chef du gouvernement de Saxe, Michael Kretschmer, membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière, a lui défendu la police.

Mais jeudi, le ministère local de l'Intérieur a reconnu que le manifestant à l'origine de l'esclandre appartenait à la police judiciaire locale. En vacances à cette date, il avait participé à la manifestation d'extrême droite en tant que "personne privée", a précisé le ministère.

Ces révélations ont provoqué une nouvelle vague de protestations. Le vice-président du parti social-démocrate - membre de la coalition au pouvoir à Berlin - Ralf Stegner a accusé les conservateurs de Saxe "d'avoir pendant des décennies nié ou banalisé les mouvances d'extrême-droite et leurs actes de violences" dans un entretien au quotidien Handelsblatt..