Mao vacille mais reste debout sur son socle

afp Publié le - Mis à jour le

International Fondateur de la Chine communiste, Mao Zedong y demeure la figure tutélaire du pouvoir et son culte y a même récemment connu un renouveau, malgré les millions de morts des purges politiques et de la grande famine dont il est responsable.

Ces dernières années, le culte du Grand Timonier a été célébré avec un regain de ferveur dans la municipalité de Chongqing (sud-ouest) où Bo Xilai, étoile montante du Parti déchue en mars, avait remis au goût du jour les "chants rouges" entonnés durant la Révolution culturelle (1966-76).

Cette campagne s'est aussi illustrée par l'édification de nouvelles statues de Mao dans les bureaux du gouvernement, les usines et les universités. La plus imposante, d'une hauteur de plus de 20 mètres, a été érigée dans l'université de médicine de la ville.

La Chine compte encore plusieurs centaines de ces sculptures -- comme celle que la ville méridionale française de Montpellier doit installer mardi -- , dont une douzaine à Pékin, selon le Zhongguo Qingnian Bao (Quotidien de la jeunesse chinoise), qui précise que durant la Révolution culturelle, leur nombre dépassait les 2.000.

Beaucoup ont été déboulonnées dans la phase de libéralisation du régime, qui s'est brutalement arrêtée avec la répression du mouvement pour la démocratie de la place Tiananmen en 1989.

En 1993, année du centenaire de la naissance de Mao, de nouvelles statues sont apparues un peu partout dans le pays, dont une en bronze dans sa ville natale de Shaoshan.

Chaque année le 26 décembre, pour l'anniversaire du dirigeant, "des dizaines de milliers de personnes venues des quatre coins du pays entourent la statue et chantent ensemble +L'orient rouge+", un hymne à sa gloire, rapporte le Zhongguo Qingnian Bao.

En mars 2011, le vice-président Xi Jinping, appelé à devenir le numéro un chinois dans les mois à venir, a déposé une couronne de fleurs au pied de la statue de Shaoshan.

Un geste qui montre que "la nouvelle génération de dirigeants chinois va continuer à aller de l'avant sur la voie tracée par Mao Zedong", selon le quotidien Guangming Ribao.

Au sein de l'armée, sa pensée militaire est toujours enseignée tandis qu'à l'école ou à l'université, l'étude de la "pensée Mao Zedong" reste obligatoire, à côté de celle du marxisme-léninisme et de la théorie de Deng Xiaoping.

Mao, dont des badges sont vendus aux visiteurs dans la plupart des lieux touristiques de Chine, est aussi le saint patron des chauffeurs de poids lourds ou parfois de taxis. Une médaille à son effigie accrochée au pare-brise de leur véhicule est censée les protéger contre les nombreux accidents de la route.

Depuis que Deng Xiaoping a ouvert la Chine sur le monde en lançant des réformes économiques, le bilan de Mao Zedong est officiellement considéré comme "positif à 70% et négatif à 30%".

Cette formule a permis au régime de réhabiliter des millions de victimes des campagnes politiques de l'ère maoïste sans remettre en cause la continuité du pouvoir. Car Deng lui-même avait joué un rôle de premier plan dans la purge contre les "droitiers" aspirant à plus de liberté vers la fin des années 1950.

Une vague de répression qui avait précédé le lancement par Mao du Grand Bond en avant, un mouvement de collectivisation à marche forcée qui déboucha de 1959 à 1961 sur la plus grande famine de l'histoire de l'humanité, faisant 36 millions de morts, selon Yang Jisheng, un historien chinois qui compile des chiffres sur le sujet depuis 20 ans.

"Quelle que soit la réputation controversée de Mao Zedong, le maoïsme représente l'orthodoxie du Parti communiste", souligne le politologue Willy Lam dans le dernier numéro de la revue Perspectives chinoises.

Ainsi Xi Jinping a-t-il pris soin de préciser lors de son passage à Shaoshan que, fidèle à la tradition de Mao, il ne "pratiquera pas le multipartisme, ni l'alternance du pouvoir, et maintiendra le rôle dirigeant du Parti communiste".

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