International Le Parti populaire a été condamné jeudi pour avoir bénéficié de financements illégaux.

Le Parti socialiste espagnol (PSOE), première formation d’opposition, a déposé vendredi une motion de censure contre le gouvernement de Mariano Rajoy, après que son parti conservateur a été condamné dans un spectaculaire procès pour corruption. Pour passer, cette motion devra recueillir une majorité absolue de 176 députés derrière le candidat que présenteront les socialistes pour former un nouveau gouvernement - une majorité toutefois difficile à réunir dans une opposition divisée.

Le Parti populaire de Mariano Rajoy a été condamné pour avoir bénéficié d’un "financement illégal" , à l’issue d’un procès qui a infligé un total de 351 ans de prison aux prévenus. Vingt-neuf personnes ont été condamnées pour corruption, détournements de fonds publics ou encore blanchiment d’argent, dont l’ancien trésorier du parti Luis Barcenas, puni de trente-trois ans de prison. Le jugement publié jeudi signe l’épilogue de l’un des très nombreux scandales de corruption qui ont affecté le parti conservateur et contribué à lui faire perdre la majorité au Parlement fin 2015.

Dans cette affaire baptisée "Gürtel" par la police ("courroie" en allemand, jeu de mots sur le nom du principal prévenu Francisco Correa), la justice a disséqué tout un système de versement de pots-de-vin à des élus et des responsables du PP en échange de juteux contrats publics entre 1999 et 2005, dans différentes régions. Le PP a immédiatement annoncé dans un communiqué qu’il ferait appel de la décision de l’Audience nationale, qui le condamne à rembourser plus de 245 492 euros pour avoir participé "à titre lucratif" à ce système tentaculaire.

Pour le haut tribunal, les faits ont "rapporté des bénéfices quantifiables au PP, consistant en un financement illégal d’activités de plusieurs meetings politiques" . Il a aussi accrédité que le parti disposait bien d’une "caisse noire" , "une structure financière et comptable parallèle à l’officielle" , ce que le PP a toujours nié farouchement.

Pendant l’enquête, Luis Barcenas, qui a également écopé d’une amende de 44 millions d’euros, avait soutenu devant le juge avoir lui-même remis mensuellement, sans témoin, aux plus hauts dirigeants du PP des milliers d’euros "en billets de 500" tirés de la caisse noire.

"Un avant et un après" Gürtel

L’affaire est restée célèbre pour un fameux SMS - "Luis, sois fort" - que M. Rajoy avait amèrement regretté d’avoir envoyé en 2013 à Barcenas, quand ce dernier venait d’être mis en cause pour avoir caché des dizaines de millions d’euros en Suisse et d’autres fonds via des sociétés-écrans. Jeudi, les médias espagnols ont sorti des archives une vidéo de 2009 où M. Rajoy soutenait, d’un air fâché, à propos de Gürtel : "Ce n’est pas un réseau du PP, c’est un réseau contre le PP !" En juillet 2017, M. Rajoy avait été, dans le cadre de cette affaire, le premier chef du gouvernement en exercice à comparaître comme témoin devant un tribunal espagnol. Il avait alors assuré ne s’être "jamais" occupé "d’aucune question de comptabilité".

Jeudi, Rajoy a minimisé la portée des scandales de corruption impliquant son parti. "Il est évident que le PP représente beaucoup plus que dix ou quinze cas isolés" , a-t-il dit, sans pouvoir nier que cela faisait "beaucoup de mal" à la formation qu’il préside depuis quatorze ans.

La peine la plus lourde - 51 ans et 11 mois de prison - a été infligée au dirigeant du réseau, l’homme d’affaires Francisco Correa, qui avait reconnu avoir offert d’importants cadeaux à des fonctionnaires et élus pour qu’ils attribuent des marchés à des entreprises "amies" .

Les centristes à l’offensive

A un an des élections municipales, régionales et européennes de mai 2019, et deux ans des législatives, le parti libéral Ciudadanos, qui a le vent en poupe dans les sondages, a profité de cette condamnation pour passer à l’offensive. Il y aura "un avant et un après la condamnation Gürtel dans la relation de Ciudadanos avec le gouvernement" , a lancé son dirigeant, Albert Rivera, sous-entendant qu’il pourrait retirer son soutien au gouvernement.

Le numéro un du parti de gauche radicale Podemos, Pablo Iglesias, a qualifié le PP de "parti délinquant" .

L’actualité n’en finit pas de livrer des munitions à l’opposition : la justice a ordonné jeudi le placement en détention provisoire d’une personnalité du PP, Eduardo Zaplana, ancien ministre et porte-parole du gouvernement de José Maria Aznar, dans le cadre d’une enquête pour corruption présumée.