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L'ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella - accusée de complicité dans le meurtre d'un commissaire de police italien et menacée d'être extradée en Italie - a finalement été autorisée à rester en France en raison de sa "situation de santé" selon l'Elysée, une décision qui met fin à un long combat mené par ses proches.

Le président Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas appliquer le décret autorisant son extradition pour des "raisons humanitaires", a déclaré dimanche son avocate, Me Irène Terrel.

En "dépression profonde"

L'Elysée a précisé dans un communiqué que la décision avait été prise en raison de la "seule situation de santé" de l'ex-brigadiste, âgée de 54 ans et hospitalisée à l'hôpital Sainte-Anne à Paris dans un état mental et psychique très détérioré. Les médecins qui l'ont examinée ont conclu que "la dépression profonde dont elle souffre est susceptible de mettre en cause son pronostic vital ", selon ce communiqué. Le président Sarkozy a, pour cette raison, demandé de faire jouer la clause humanitaire de la convention d'extradition (franco-italienne, NdlR) de 1957 et de "rétracter le décret d'extradition la concernant".

Ancienne dirigeante de la "colonne romaine" des Brigades rouges, réfugiée en France depuis 1993, Mme Petrella avait été arrêtée en août 2007 dans le Val-d'Oise où elle travaillait comme assistante sociale.

La décision a été "notifiée samedi à Marina Petrella à l'hôpital", a ajouté Me Irène Terrel. En l'apprenant, elle "a beaucoup pleuré. Mais elle n'est pas en état" d'être soulagée, a poursuivi l'avocate. "Les médecins sont réservés" sur sa guérison et "j'espère qu'elle parviendra à se reconstruire", a-t-elle ajouté.

L'Elysée a souligné que cette "mesure individuelle [...] n'atténue en rien l'engagement de la France en matière de lutte contre le terrorisme, ainsi que sa coopération avec les autres démocraties dans ce domaine".

En Italie, la décision française a été "regrettée" par la principale association italienne des victimes du terrorisme, pour qui la justice doit suivre son cours. "L'Italie n'a jamais torturé. Je ne comprends pas pourquoi l'extradition pose un tel problème", a réagi la fille du syndicaliste Guido Rossa, Sabina, dont le père a été abattu le 24 janvier 1979 par un commando des BR à Gênes (Nord-Est). "On ne fermera jamais le chapitre du terrorisme avec de telles décisions", a-t-elle regretté.

A l'inverse, l'écrivain italien Erri De Luca, l'un des rares soutiens en Italie de Marina Petrella, a salué "une décision qui fait honneur à la France". "J'es père que les Italiens pourront comprendre que cette quête de punition infinie, 30 ans après, est une absurdité", a ajouté Oreste Scalzone, membre du comité de soutien de Marina Petrella.

Les années de plomb

Les Brigades rouges avaient été l'un des principaux acteurs des "années de plomb" qui ont ensanglanté l'Italie avec, en particulier, l'assassinat du leader politique Aldo Moro en 1978. Les opérations des terroristes d'extrême gauche, ajoutées à celles des groupes néofascistes, ont fait au total 415 morts au cours de quelque 15000 attentats dans les années 1969-1988. Fondées en 1973 par un sociologue, Renato Curcio, les BR sont nées de la radicalisation de groupes d'extrême gauche après mai 1968. (D'après AFP)