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Les Rohingyas n'ont eu guère le temps de considérer quels biens emporter dans leur exode l'année dernière, lorsqu'ils ont fui en hâte une opération militaire en Birmanie considérée par l'ONU comme une épuration ethnique.

Nombre de membres de cette minorité musulmane sont partis précipitamment, avec leurs seuls vêtements sur le dos et leurs enfants dans les bras. Mais les objets que certains ont réussi à emporter dans leur course vers le Bangladesh voisin racontent une histoire intime de cette communauté apatride et persécutée.

Voici quelques possessions apportées dans les camps de réfugiés par les Rohingyas:

Plaque d'adresse 

Jalal Ahmed a décroché la plaque numérotée en métal de sa maison familiale alors qu'ils empaquetaient leurs vies et fuyaient l'État Rakhine, région de l'ouest de la Birmanie.

"Lorsque nous sommes partis, nous savions que nous aurions besoin de quelque chose pour prouver que nous étions rohingyas, et prouver notre lieu de résidence", déclare-t-il à l'AFP sur le seuil de sa bicoque de bambous dans le sud du Bangladesh.

Avant d'échouer dans la misère noire des camps de réfugiés, la famille d'Ahmed habitait fièrement depuis des générations une belle maison en bois à deux étages située dans un village bucolique.

Pour Jalal, un homme d'affaires de 52 ans, cette modeste plaque n'est pas tant le souvenir d'un passé disparu qu'un rappel constant d'où il vient.

"Ce n'est pas immatériel", dit-il en tenant le morceau de métal aux caractères birmans délavés. "Nous l'avons emportée avec nous car où que nous allons, cela montrera que nous sommes de quelque part".

Photo de famille 

Mohammad Ayaz, 12 ans, a effectué le voyage ardu depuis la Birmanie avec une vieille photographie de famille. Le cliché représente 17 personnes - ses grands-parents, frères, soeurs, parents, oncles et tantes - posant pour un portrait officiel avec des panneaux.

Les Rohingyas sont considérés comme des immigrants illégaux dans une Birmanie à majorité bouddhiste, où ils sont péjorativement appelés "bengalis", bien que certains y résident depuis des générations.

"Nous aurons besoin de cette photo lorsque nous rentrerons en Birmanie, pour montrer qui est qui dans notre famille", dit-il à l'AFP en rangeant soigneusement le tirage.

Nourriture 

Asaru Begum savait que le chemin vers le Bangladesh serait éprouvant et périlleux, particulièrement pour ses enfants et petits-enfants.

Elle a donc emmené des pots de cuisine pour collecter de l'eau, cuire du riz avec des piments verts et faire des ablutions religieuses pendant qu'ils se cachaient dans les collines.

"J'ai emporté les marmites et du riz car je savais que les enfants auraient faim après deux jours de marche", raconte-t-elle en montrant les récipients auxquels elle porte aujourd'hui encore une attention particulière.

"Je les ai apportés pour pouvoir nourrir les bébés. Ils pleurent beaucoup quand ils ont faim."

Carte scolaire 

Mohammad Khares, élève studieux qui rêvait d'aller à l'université, était à 20 ans en dernière année de lycée lorsque la violence a éclaté dans son village.

"L'école me manque beaucoup. J'étais sur le point d'être diplômé, j'en étais tout près. Ça fait vraiment mal", confie-t-il à l'AFP, découragé.

En l'absence d'écoles dans les camps, Mohammad a trouvé un petit travail alimentaire en mettant ses capacités en bengali et en anglais au service d'ONG étrangères opérant sur place.

Sa carte d'école lui est précieuse. La plupart des Rohingyas n'ont pas accès à la scolarité en Birmanie, posséder un tel document est un privilège rare dans la communauté.

"Lorsque je retournerai en Birmanie, je veux reprendre mes études. Mais ils pourraient demander de prouver mon niveau. Cette carte montrera que j'étais au lycée."

La famille d'abord 

La violence s'est abattue si vite sur le village de Mohammad Jubayer qu'il n'a pas eu une seconde pour penser à ce qui pourrait permettre à sa famille de survivre au Bangladesh.

"Nous n'avons rien pu prendre pour notre route vers ici", déclare le trentenaire à l'AFP en bordure d'un groupement de tentes surplombant un terrain boueux parsemé de déchets.

Mohammad et sa famille ont subsisté d'un peu de nourriture donnée par d'autres fuyards. Sa femme et lui se relayaient pour porter leurs quatre jeunes enfants, pendant que leur fille aînée peinait derrière.

"Nous avons passé neuf jours à marcher à travers les collines. Nous avions nos enfants avec nous. Donc nous les avons amenés, et rien d'autre."

Nouveau jouet 

Mohammad Umar, 12 ans, a abandonné tous ses jouets en Birmanie mais il a emporté avec lui le savoir-faire pour s'en confectionner de nouveaux.

À partir de morceaux glanés dans les camps, il a sculpté un bateau dans un bloc de polystyrène. Une batterie rechargeable lui permet de faire tourner une petite hélice.

"Nous avions l'habitude de faire les mêmes en Birmanie et de jouer avec", raconte l'enfant, au milieu des flaques terreuses formées par la mousson.