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Les eurodéputés ont vivement critiqué mercredi la promotion du bras droit du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, au plus haut poste de l'administration européenne, comparée à un "coup", mais sans demander sa démission, dans une résolution votée à Strasbourg. 

Le Parlement européen a jugé que le passage éclair du chef de cabinet de M. Juncker, Martin Selmayr, au poste de secrétaire général fin février, "pourrait être considérée comme un acte de népotisme à la limite de la légalité, voire au-delà", selon une version française provisoire du texte, tandis que la version anglaise utilise le terme de "coup".

Malgré les tentatives d'amendement de certains eurodéputés, le texte adopté à une large majorité ne demande toutefois pas la révocation de M. Selmayr, utilisant une formulation ambigüe demandant une "réévaluation" de la procédure de nomination.

Le Parlement "est conscient que la révocation d'un acte administratif favorable n'est généralement pas possible, en raison de contraintes juridiques", est-il écrit dans cette résolution sans force contraignante.

Il "demande toutefois à la Commission de procéder à une réévaluation de la procédure de nomination de son nouveau secrétaire général".

Selon la rapporteur du texte, l'Allemande Ingeborg Grässle, membre du PPE (droite, principale force politique du Parlement) comme M. Juncker, il ne s'agit pas d'une demande de remettre en jeu le poste de M. Selmayr. "J'admets que le texte est ambigu", a-t-elle dit à l'AFP, mais le texte porte selon elle sur la procédure qui sera utilisée pour le prochain secrétaire général. Ce "sera une tâche pour le nouveau président de la Commission", après la fin du mandat de M. Juncker en 2019.

L'eurodéputé Vert allemand Sven Giegold a au contraire affirmé à l'AFP que le vote des parlementaires était bien une demande de "rouvrir la procédure de nomination" de M. Selmayr.

L'ambiguïté de la résolution "est tout à fait volontaire", a commenté une source parlementaire, expliquant qu'il s'agissait de trouver une formulation "qui permet à chacun de dire qu'il a obtenu ce qu'il voulait".

"Je voulais un message plus clair de la Commission: rouvrir la procédure et repartir de zéro", a toutefois commenté Tom Vandenkendelaere, CD&V et membre du PPE comme Jean-Claude Juncker et Martin Selmayr. "Mais il n'y avait pas de majorité dans l'hémicycle", a-t-il ajouté en estimant qu'il était temps que "certains comprennent que ces réflexes de vieux singes ne font plus partie de la politique moderne" .

M. Selmayr a été promu le 21 février au poste de secrétaire général, poste le plus élevé de l'administration de la Commission, qui n'avait fait l'objet d'aucun affichage.

Cette nomination était intervenue quelques instants seulement après sa désignation à la fonction de secrétaire général adjoint, un poste affiché auquel il avait postulé.

Le "transfert" de poste proposé par M. Juncker avait surpris la plupart des commissaires européens présents lors de la réunion de nomination, mais il avait été entériné sans protestations.