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Il démissionne après le net rejet par référendum, de la réforme de la Constitution qu’il proposait.

Les résultats officiels du référendum sur la réforme de la Constitution ne devaient être connus que ce lundi matin, mais le président du Conseil Matteo Renzi a déjà reconnu sa (large) défaite, peu après minuit. “Le “non” au référendum a gagné de manière nette”, a concédé le chef du gouvernement de centre-gauche. Selon les sondages à la sortie des urnes, entre 54 et 60 % se sont prononcés contre la réforme constitutionnelle proposée par le Premier ministre visant à mettre un terme au bicaméralisme parfait. La défaite est nette : seules trois des seize régions italiennes ont voté dans le sens qu’espérait M. Renzi. “J’ai perdu. En politique italienne, personne n’a jamais perdu. Je suis différent. J’ai perdu”, a admis le Florentin, qui avait annoncé avant le référendum qu’il démissionnerait en cas d’échec. “L’expérience de mon gouvernement s’arrête ici”, a-t-il précisé. “Je voulais éliminer les postes inutiles, mais le seul qui tombe est le mien…”, a-t-il ajouté, non sans ironie.

Les cartes politiques sont redistribuées

Les Italiens se réveillent ce matin avec un pays transformé et profondément divisé. La première tâche du président de la République, Sergio Mattarella, sera sans doute de calmer le jeu et d’appeler à l’union nationale autour de la Constitution, cette charte de 1948 qui a toujours soudé les Italiens depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les cartes politiques du pays ont été redistribuées durant cette campagne référendaire qui a dépassé certaines limites dans l’agressivité verbale et l’usage, parfois douteux, des nouveaux médias. Une leçon à tirer pour les prochaines législatives. Mais sans doute le président Matterella essaiera-t-il d’éviter un retour trop rapide aux urnes, le temps de faire approuver au Parlement une nouvelle loi électorale. Car, a insisté le Premier ministre démissionnaire : “Je ne pense pas que l’on puisse continuer avec un système “constitutionnel” que tout le monde critique depuis des décennies et ne pas vouloir le changer”. Message aux partisans du non, qui se trouvaient dans l’opposition, mais aussi au sein de son propre Parti démocrate : à présent, trouvez vous-même une solution.

Une très forte mobilisation

Au-delà de la victoire du non, la démocratie est l’autre gagnante de ce référendum : les Italiens ont voté en masse, en particulier le nord du pays. Les bureaux de vote avaient ouvert leurs portes à 7h dimanche matin, et à leur fermeture, à 23h, 70  % avaient glissé leur bulletin dans l’urne, selon le ministère de l’Intérieur, traduisant une forte mobilisation.

Je pense que l’affluence est vraiment plus importante que les autres fois”, déclarait dans la journée cet homme dans la cour du lycée Visconti à Rome, où la file s’allonge. “C’est important de pouvoir dire oui ou non, car c’est un changement historique, même si cela, tout le monde ne l’a pas bien compris.” Son voisin, carte d’électeur et carte d’identité en main, approuve  : “Cette consultation a été fortement politisée, et donc, nous nous sommes sentis concernés, presque obligés de donner notre avis. C’est une question très technique et par conséquent difficile, mais le fait de l’avoir politisée l’a rendue plus attrayante ; pour un autre référendum il n’y aurait pas eu tout ce monde”.


La démission de M. Renzi, 41 ans, ouvre une période d'incertitude à la fois politique et économique en Italie. Après le choc du Brexit et la montée des mouvements populistes, une nouvelle phase d'instabilité dans la troisième économie de la zone euro est possible. L'euro fléchissait lundi face au dollar, tombant au plus bas depuis 20 mois dans les premiers échanges asiatiques après cette victoire sans appel du non.


Le Mouvement 5 Etoiles appelle à des élections immédiates

L'Italie devrait "immédiatement" se rendre aux urnes après la démission du chef de gouvernement Matteo Renzi, estime le principal parti d'opposition italien, eurosceptique, le Mouvement 5 Etoiles (M5S)

"Nous avons besoin d'élections immédiatement", a déclaré le député du M5S Vito Crimi. Tous comme les autres membres du parti d'opposition, il estime qu'il n'est pas nécessaire de nommer un gouvernement de transition pour revoir les législations électorale, comme le suggèrent les politiques traditionnels.


La Ligue du Nord réclame des élections après le référendum

La Ligue du Nord, mouvement populiste italien de droite, a réclamé lundi des élections "le plus rapidement possible" après l'échec cuisant de Matteo Renzi au référendum sur la réforme constitutionnelle. "Nous sommes prêts à voter le plus rapidement possible, avec n'importe quelle loi électorale", a déclaré Matteo Salvini, chef de la Ligue du Nord, alliée du Front National français. "Nous pensons que l'Italie ne peut pas se permettre des mois de débats sur un nouveau système électoral", a-t-il ajouté.

La loi électorale en vigueur, baptisée Italicum et adoptée en mai 2015, prévoit une forte prime majoritaire à la chambre des députés au parti qui dépasserait 40% des voix au premier tour ou qui remporterait un éventuel second tour entre les deux partis arrivés en tête au premier. L'Italicum n'a encore jamais servi et fait de plus l'objet de recours devant la Cour constitutionnelle.

Surtout, la prime majoritaire ne s'applique qu'aux députés, alors que l'échec de la réforme du Sénat laisse la chambre haute avec tous ses pouvoirs et une élection à la proportionnelle, ce qui risque de rendre le pays ingouvernable.

Le comédien Beppe Grillo, chef du Mouvement 5 Etoiles (M5S, populiste) a pourtant lui aussi réclamé des élections immédiates. "Les Italiens doivent être appelés à voter le plus rapidement possible", a-t-il insisté sur son blog. "La chose la plus rapide, réaliste et concrète pour aller tout de suite au vote est d'y aller avec une loi qui existe déjà, l'Italicum".

Selon les derniers sondages, si des élections avaient lieu actuellement, le Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi arriverait en tête au premier tour mais perdrait le second contre le M5S. Mais le mouvement de M. Grillo, qui refuse toute alliance, aurait du mal à trouver une majorité au Sénat.


59% des Italiens ont voté "non" au référendum (résultats officiels)

Quelque 59% des Italiens ont voté contre le projet de réforme constitutionnelle de Matteo Renzi lors du référendum organisé dimanche, contre 41% de "oui", a indiqué lundi le ministre italien de l'Intérieur après le décompte de toutes les circonscriptions et des votes à l'étranger. Le chef du gouvernement Matteo Renzi a annoncé sa démission lundi à la première heure, après une nette défaite.

Le scrutin a connu une participation de 65% des 51 millions d'électeurs en tout. Un tiers (30%) des 4 millions d'Italiens vivant à l'étranger ont participé au référendum. 68% d'entre eux se sont prononcés en faveur de la réforme constitutionnelle.