Mexique : une présidentielle de "telenovela"

Marie-France Cros Publié le - Mis à jour le

International

Il est beau, lisse et propret comme un acteur de série télévisée. Et c’est aussi de la "telenovela" - comme on les appelle au Mexique, où l’on en tourne des dizaines - que semble tenir la vie d’Enrique Peña Nieto, le probable vainqueur de la présidentielle mexicaine de ce dimanche.

L’homme est issu d’une famille aisée dont plusieurs membres se sont illustrés - pas toujours favorablement - dans la politique. D’un physique plus juvénile que ses 45 ans, Enrique est un bourreau des cœurs - mais au Mexique, cela se porte infiniment mieux qu’aux Etats-Unis. Sa première épouse, mère de ses trois enfants, est morte de crise cardiaque - le cœur brisé, laisse entendre l’opposition, par les frasques de son joli mari, qui a deux enfants de deux autres femmes, dont l’un est décédé, bébé, d’un cancer. La seconde épouse du politicien, depuis 2010, est une des actrices les plus connues du Mexique, Angélica Rivera.

Telenovela, donc.

Mais Enrique Peña n’est pas que cela. Il s’est aussi engagé à 18 ans dans le PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel, dont les deux adjectifs, qui semblent se télescoper, sont l’exact reflet de ce qu’est cette formation : née de la terrible Révolution mexicaine (1910-1917), elle arrive au pouvoir en 1929 et ne le perdra que septante et un ans plus tard, devenue une véritable institution.

Quand le PRI est vaincu, en 2000, il est devenu le symbole des échecs du Mexique, de la corruption, du clientélisme. Il est devenu un parti de droite mais, nationaliste, fait figure de centriste à côté de son vainqueur, le PAN (Parti d’action nationale), qui représente surtout la bourgeoisie exportatrice du Nord, proche des Etats-Unis.

Après Vicente Fox (2000-2006), qui s’illustra par l’arrestation de syndicalistes de la Pemex (société nationale des pétroles) impliqués dans le financement occulte du PRI, son successeur Felipe Calderón, du PAN également, s’est fait connaître par la guerre qu’il a menée aux trafiquants de drogue. Il y a mis les grands moyens, démantelant la police corrompue par "les narcos" et envoyant, sur le terrain, quelque 50 000 militaires. Les résultats, toutefois, ne sont pas probants (voir ci-dessous).

Selon un récent sondage, la violence déchaînée par les cartels est la première préoccupation des quatre-vingt millions d’électeurs mexicains (lire ci-dessous) appelés dimanche à désigner leur président et leurs parlementaires. Rien d’étonnant, donc, si les derniers sondages donnent seulement 2 1 % des intentions de vote à la candidate du PAN, Josefina Vázquez Mota, 51 ans, contre 38 % au candidat du PRI et 25 % à celui de la gauche, Manuel López Obrador, 58 ans.

La réduction de la violence est pourtant loin d’être en tête des programmes des candidats. Celui de la gauche n’en parle pas, préférant axer sa propagande sur la lutte contre la pauvreté, qui frappe la moitié des Mexicains après avoir gagné douze nouveaux millions d’entre eux durant la présidence PAN, malgré une reprise de la croissance.

Quant à Enrique Peña, il reste assez vague sur le sujet, indiquant seulement qu’il veut créer une gendarmerie nationale pour lutter contre "les narcos" et accroître le nombre d’emplois pour donner une chance aux jeunes ailleurs qu’au service de trafiquants. Il ne dit pas, cependant, combien de temps il lui faudra pour que le salaire moyen atteigne celui versé par les cartels à leurs tueurs et petites mains.

Néanmoins, le candidat du PRI, sa chevelure fixée au gel et son sourire de pub pour dentifrice ont toutes les chances de l’emporter. Parce qu’un tiers des électeurs est trop jeune pour se souvenir de l’époque où le PRI était devenu synonyme de corruption et parce qu’ils croient le candidat jeune premier quand il souligne que "ni la gauche ni la droite ne disposent, comme le PRI, des structures suffisantes pour matérialiser les réformes structurelles dont le pays a besoin" . Ils le croient parce que, depuis sa campagne victorieuse de 2005 pour devenir gouverneur de l’Etat fédéré de Mexico, Enrique Peña a rénové l’art du politicien en signant, devant notaire et caméras, "des engagements " électoraux. Il en avait signé plus de 600 alors et affirme les avoir exécutés. Ses détracteurs disent qu’il n’a que "partiellement" rempli ses promesses.

Mais c’est déjà beaucoup pour les électeurs, qui l’ont vu réitérer, pour la présidentielle, "ses engagements" devant notaire : "Les autres partis sont aussi corrompus et moins efficaces que le PRI", disent aujourd’hui de nombreux internautes mexicains.

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