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Michaël Dantinne est criminologue à l’Ulg. Il décrypte comment un individu devient djihadiste et comment le message de Daech a pu trouver écho partout en Europe de l’Ouest.

Où se situent les foyers de radicalisation actuellement en Europe ?

Partout. En Europe de l’Ouest, Europe nordique comprise, il n’y a pas un pays qui fasse exception. Les États qui ont été frappés ont des modèles d’intégration extrêmement différents. La France et le Royaume-Uni ont pris des voies divergentes mais, au final, se retrouvent avec le même résultat. Les grandes villes sont particulièrement concernées. C’est dans les grands ensembles urbains que vous allez retrouver la concentration des facteurs de risque, avec des quartiers ségrégués dans lesquels l’investissement politique a été pendant très longtemps sous-dimensionné.

Comment réagir à la menace terroriste aujourd’hui, à partir du moment où n’importe qui peut foncer dans une foule au volant d’un véhicule ?

La question est de savoir comment réagir et comment proagir. Il s’agit de mener - au plan analytique, au plan politique, au plan policier du renseignement - toutes les investigations nécessaires pour tirer le maximum d’enseignements de chaque fait, afin d’améliorer le dispositif qui vise à incapaciter ceux qui sont très près de commettre un acte. Il faut évidemment réagir de manière posée et intelligente. Il faut le faire vite, mais pas trop ni n’importe comment. Il faut peser et anticiper les effets, contre-effets, effets collatéraux, effets secondaires, effets pervers de décisions qu’on peut prendre. On peut parfois engendrer un déplacement, c’est-à-dire qu’on empêche un attentat d’être commis mais qu’il va se faire ailleurs à un autre moment. On peut aussi, en votant des lois, faire plus de mal que de bien ou prendre des options qui vont aggraver des problèmes, alors qu’on aimerait les résorber. Il faut mener les analyses à froid, de manière objective et non stéréotypée, en gardant à l’esprit qu’on ne pourra jamais arriver à une efficacité absolue.

Parallèlement, il y a tout un volet proactif qui ambitionne d’attaquer les causes du phénomène plus que ses manifestations. Il s’agit d’agir sur les raisons qui font que des individus adhèrent à ces idées, puis que ces idées mûrissent et se transforment en un projet concrétisé. Réaction et proaction ne sont pas des efforts sur la même temporalité.

Comment devient-on djihadiste ? Quels sont les facteurs propices à la radicalisation ?

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