Migrants: Erdogan reproche à l'UE "quatre mois" de retard à débloquer les fonds promis à la Turquie
Le sommet UE-Turquie est censé déboucher sur une solution durable à la crise migratoire, alors que les pays européens se déchirent depuis des mois sur la réponse à apporter. "Il ne peut s'agir de fermer quoi que ce soit", a souligné Angela Merkel.
- Publié le 07-03-2016 à 14h05
- Mis à jour le 07-03-2016 à 14h57

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a reproché lundi à l'Union européenne (UE) sa lenteur à débloquer un fonds d'aide de trois milliards d'euros destiné aux 2,7 millions de réfugiés syriens vivant en Turquie pour freiner le flux migratoire vers l'Europe.
"Cela fait maintenant quatre mois et on attend encore qu'ils nous le donnent", a-t-il dit lors d'un discours public à Ankara au moment même où les 28 tiennent un sommet extraordinaire à Bruxelles avec la Turquie sur la question des migrants.
"Monsieur le Premier ministre (Ahmet Davutoglu) est actuellement à Bruxelles. J'espère qu'il reviendra avec cet argent", a dit l'homme fort de Turquie, qui a déjà à plusieurs reprises critiqué le retard accumulé pour le déblocage de ces fonds.
M. Erdogan a également dénoncé l'attitude des Européens dans la crise migratoire et leur refus en général de les accepter massivement dans leur pays.
"Regardez, ils disent +empêchez les réfugiés d'entrer+. C'est d'accord. Mais ce n'est pas nous qui les envoyons, ils viennent par la mer et, malheureusement, la plupart d'entre eux meurent durant la traversée", a-t-il continué.
Le président turc a affirmé qu' "environ 100.000" migrants avaient été sauvés par les garde-côtes turcs en mer Egée, entre la Turquie et la Grèce.
Le sommet UE-Turquie est censé déboucher sur une solution durable à la crise migratoire, alors que les pays européens se déchirent depuis des mois sur la réponse à apporter.
Cette réunion devait marquer un durcissement de la réponse européenne à la crise migratoire, entérinant dans ses conclusions finales la fermeture de cette route empruntée l'an dernier par plus de 850.000 migrants ralliant le nord de l'Europe, mais l'Allemagne a soulevé de fortes réserves.
Berlin refuse que l'UE endosse la "fermeture" de la route des Balkans

La chancelière allemande Angela Merkel a exprimé lundi ses réserves sur la "fermeture" de la route migratoire des Balkans, que des dirigeants de l'Union européenne souhaitent entériner à l'issue d'un sommet extraordinaire à Bruxelles.
"Il ne peut s'agir de fermer quoi que ce soit", a souligné lundi Mme Merkel en arrivant à ce sommet, auquel participe Ankara. "Ce qui importe, c'est que l'on trouve une solution durable avec la Turquie", a-t-elle plaidé, prévenant que la réunion bruxelloise pourrait durer de "longues heures".
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'est également opposé à la formulation retenue dimanche soir dans le projet de déclaration finale du sommet européen, principalement consacré à la coopération avec la Turquie pour endiguer les flux de migrants, selon une source européenne.
"Le flux des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à son terme. Cette route est désormais fermée", peut-on lire dans un projet du texte, selon une version datant de dimanche soir.
Ce texte semblait ainsi donner l'assentiment des dirigeants européens à un fait accompli après la quasi-fermeture des frontières en Europe centrale et dans les Balkans, empruntée l'an dernier par plus de 850.000 migrants ralliant le nord de l'Europe, décidée unilatéralement par certains pays pour stopper les arrivées.
Du fait de ces restrictions, plus de 30.000 migrants sont aujourd'hui bloqués dans des conditions misérables en Grèce, dont quelque 13.000 à la frontière avec la Macédoine.
"J'ai pris connaissance de ces informations, qu'on spécule sur une fermeture de la route des Balkans. Mais je veux dire qu'à l'heure actuelle il s'agit de spéculations, les négociations, les discussions sont en cours et il faut attendre", avait déclaré de son côté une porte-parole de Mme Merkel, Christiane Wirtz, lors d'un point presse régulier à Berlin.
La même source européenne a affirmé à la mi-journée à l'AFP que le texte des conclusions "a été réécrit" et que la phrase semblant entériner la fermeture de la route des Balkans avait été "barrée".
"Rendre les frontières hermétiques en stoppant l'immigration irrégulière"

La priorité du sommet de lundi, qui réunit les chefs d'État et de gouvernement des 28 États membres de l'UE et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, est de "stopper purement et simplement les flux d'immigration irrégulière" et de "rendre parfaitement hermétiques" les frontières extérieures de Schengen, a déclaré le Premier ministre Charles Michel à son arrivée au sommet.
"On va parler de tout, mais la priorité immédiate est qu'on stoppe purement et simplement les flux d'immigration irrégulière et non contrôlée", a-t-il commenté. Il faut rendre les frontières extérieures de l'Espace Schengen "parfaitement hermétiques", "seule solution pour protéger la libre circulation à l'intérieur de l'Espace Schengen", a-t-il encore souligné.
La discussion avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu se fera "sans naïveté". "On doit défendre nos propres intérêts européens face à la Turquie, les yeux dans les yeux avec beaucoup de franchise et de clarté, il n'y a pas de tabous", a poursuivi le Premier ministre, précisant que le sujet de la liberté de la presse, "intangible", serait abordé.
La réunion sera l'occasion de voir "comment exécuter les engagements pris ces derniers mois" et, grâce au monitoring mis en place par l'UE, de voir si les efforts de la Turquie sont suffisants, a-t-il encore indiqué.
Le Premier ministre a appelé l'Europe "à se donner les moyens" de réaliser ses engagements et à prendre "des décisions très fortes".