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Il existe une confusion entre ces termes employés pour qualifier les personnes qui rejoignent l'Europe par milliers.

S’agit-il de migrants ou réfugiés ? Définir les personnes qui arrivent quotidiennement, par milliers en Europe, ou tentent d’y arriver à travers mille difficultés et au péril de leur vie, ce n’est pas seulement une question sémantique. Le choix des termes fait débat - la chaîne d’information Al Jazeera, basée au Qatar, a récemment indiqué qu’elle n’utiliserait plus le mot "migrant", lui préférant celui de "réfugié". Le sens et les nuances que l’on donne aux mots influencent la réalité même, surtout dans le contexte actuel, et sont susceptibles de déclencher un phénomène de rejet. Il en va ainsi des appellations "clandestins" et "illégaux".

Le "migrant" n’existe pas au regard de la loi belge. "La loi sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers du 15 décembre 1980 n’utilise jamais ce terme", confirme Alexis Deswaef, président de la Ligue des droits de l’homme. "Elle parle d’étrangers et les regroupe en différentes catégories : les étrangers européens ou, par exemple, les étrangers qui demandent la protection à l’Etat." Ces derniers sont des "candidats réfugiés", qui ont introduit une demande d’asile, et deviennent "réfugiés reconnus" si l’Etat leur accorde sa protection.

La Déclaration universelle de droits de l’homme de 1948 ignore également le mot "migrant". L’article 13 affirme que "toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat" et que "toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays".

Les Syriens sont des réfugiés

Le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) marque, lui, la différence entre les migrants et les réfugiés sur la base de la motivation qui les pousse à quitter leur pays d’origine. Selon la Convention de Genève (1951), le terme réfugié concerne "toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays". Ce cas s’applique certainement aux Syriens - la moitié de la population, soit près de quatre millions de personnes a quitté le pays ravagé par la guerre - et aux Erythréens, qui fuient la dictature. En d’autres termes, un réfugié quitte son pays car il n’a pas d’autre choix, s’il veut sauver sa vie ou préserver sa liberté. Le migrant, pour sa part, décide de se déplacer pour avoir de meilleures perspectives de vie, notamment économiques.

Selon Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des Journalistes (FEJ), différencier le réfugié du migrant est une question de déontologie. "Le devoir éthique des journalistes est de refléter la réalité de choses. Il est clair que les personnes dont on parle dans les médias sont des réfugiés, soit des personnes qui fuient la guerre." Le problème ne se pose pas dans la connotation du mot "migrant", qui est un terme neutre, mais dans son imprécision. "Tous les réfugiés sont des migrants, mais tous les migrants ne sont pas des réfugiés", souligne M. Gutiérrez. "Le terme migrant est très vague alors qu’un journaliste ne peut pas être vague. Il doit être précis et utiliser des termes appropriés. Un migrant peut être un étudiant belge qui part travailler en Australie, alors que les médias parlent de millions de Syriens qui fuient la guerre."