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La Russie a rejeté fermement jeudi les pressions occidentales pour qu'elle reconnaisse l'occupation des pays baltes par l'Union soviétique à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, en affirmant qu'aucune «occupation » n'avait eu lieu. «Il ne peut être question d'aucune occupation» des pays baltes, a tranché le délégué du Kremlin aux relations avec l'Union européenne, Sergueï Iastrjembski, en estimant que les forces soviétiques y sont entrées «en accord avec les pouvoirs légitimes» en place. Le responsable russe a répondu ainsi aux déclarations de Günter Verheugen, vice-président de la Commission européenne, qui avait invité lundi la Russie à reconnaître que l'URSS avait illégalement occupé les pays baltes, une démarche nécessaire, selon lui, pour avoir des relations de bon voisinage avec l'UE. «Il y a eu à l'époque des accords avec les pouvoirs des pays baltes élus de manière légitime, quelle que soit l'attitude à leur égard des pouvoirs actuels» dans ces pays, a déclaré M. Iastrjembski.

Le ministère des Affaires étrangères russe a pour sa part publié jeudi un commentaire soulignant que «le terme «occupation» ne pouvait pas être utilisé» pour les pays baltes, faisant référence au droit international du 20e siècle. Ce terme signifie «prise temporaire d'un territoire lors d'un conflit armé par une des parties en guerre», souligne le ministère. Or, «l'URSS n'était pas en état de guerre» avec les pays baltes, poursuit le communiqué.

La Lettonie, l'Estonie et la Lituanie ont été annexées par l'URSS conformément au pacte germano-soviétique Ribbentrop-Molotov, signé en août 1939. Quand l'Allemagne nazie a rompu le pacte en attaquant l'URSS en 1941, les trois pays baltes ont été occupés par les Allemands, puis à nouveau par les Soviétiques à la fin de la guerre et jusqu'en 1991.

Enfin, mettant en garde contre «les phobies et les préjugés historiques», M. Iastrjembski a estimé que si quelqu'un remettait en question «les faits historiques de l'époque, le pas suivant serait de mettre en doute la légitimité des pays indépendants, la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie», issus des républiques d'URSS au début des années 1990.

Invitation déclinée

A la veille du 60e anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie, qui doit être célébrée avec grand éclat à Moscou lundi, la Russie a été invitée avec insistance par l'Occident à reconnaître l'occupation des pays baltes par l'URSS de Staline. Ainsi, Steve Hadley, conseiller pour la sécurité nationale du président américain George W. Bush, a estimé mercredi que la Russie devrait dénoncer officiellement le pacte germano-soviétique de 1939. Le président Bush lui-même, qui se rend à Riga avant d'aller à Moscou, a évoqué «le début de l'occupation soviétique» dans une lettre à son homologue lettonne Vaira Vike-Freiberga. M. Iastrjembski a pour sa part salué «la décision juste» de cette dernière d'assister aux cérémonies du 9 mai à Moscou en ajoutant que Moscou ne «dramatisait pas» l'absence des présidents lituanien et estonien qui ont décliné l'invitation de Moscou. (AFP)

© La Libre Belgique 2005