International

PORTRAIT

Mais que peut-il bien se passer dans la tête d'une femme belge de 38 ans qui part se faire exploser en Irak? Pourquoi Muriel Degauque, Belge née à Charleroi, récemment convertie à l'islam, a-t-elle commis cet attentat à la voiture piégée le 9 novembre dernier à Baaqouba, tuant cinq policiers irakiens? La kamikaze a perdu la vie suite à l'explosion. Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Jeudi matin, dans la cité de l'avenue de l'Europe à Monceau-sur-Sambre, où les parents de Muriel résident depuis 34 ans, la question courait sur toutes les lèvres.

Conseiller communal à Charleroi, Serge Beghin, 40 ans, habite quelques maisons plus loin. «On a passé nos années d'enfance dans la même cité. Muriel semblait être une fille équilibrée. On n'aurait jamais pu imaginer qu'elle allait déraper comme ça.»

Serge Beghin était surtout un grand ami de Jean-Paul, le frère aîné de Muriel, qui s'est tué à moto à 24 ans. «Après l'enfance, on ne s'est plus beaucoup vus. Je sais qu'elle a eu une adolescence difficile.» Après ses études primaires, Muriel suit les cours à l'athénée royal de Fontaine-l'Evêque, puis abandonne en cours de route. Elle touche à la drogue, se retrouve devant le juge de la jeunesse, fugue... Elle en fait voir de toutes les couleurs à ses parents, de braves gens de condition modeste. «A l'école, elle avait le chic pour se coller avec les enfants difficiles», confiaient-ils jeudi dans la «DH» et dans Sud-Presse.

La jeune femme travaille dans une boulangerie puis dans un snack. Elle épouse un Turc - un mariage blanc, murmure-t-on dans le quartier - puis divorce. Elle a une liaison avec un Algérien, qu'elle quitte aussi. Avant de rencontrer, il y a trois ans, Issam Goris, un Belgo-Marocain qui l'emmène au Maroc et la convertit à l'islam. Et tout bascule. A son retour du Maroc, Muriel est méconnaissable: elle s'habille tout de noir, porte la burka, des gants... «On ne voyait que ses yeux», témoigne le père de Serge Beghin, voisin de toujours de la famille Degauque. «Quand Muriel revenait chez ses parents, ma femme allait lui dire bonjour. Issam, son mari, montait à l'étage: pour lui, ma femme était une impure. Quand Muriel était seule avec elle, elle enlevait son voile. Elle disait: ah, c'est toi Jeannine, alors je peux. Elle était complètement fanatisée, comme si elle avait eu un lavage de cerveau.» Un véritable endoctrinement.

Depuis trois ans, Muriel vivait à Saint-Gilles, près de la gare du Midi, avec Issam. Le jeune homme est lui aussi mort en Irak, abattu par des Américains juste après l'attentat. «Depuis plusieurs mois, la maman de Muriel n'avait plus de nouvelles de sa fille. La dernière fois qu'elle l'a eue au téléphone, elle était en Syrie.»

Mardi soir, la télévision annonce qu'une femme belge s'est fait sauter en Irak. «J'ai regardé ma femme et j'ai dit: ce ne serait pas Muriel? Ça m'est venu tout de suite dans la tête.»

© La Libre Belgique 2005