"Musulmans et chrétiens peuvent vivre ensemble"

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

International

Jamais en si peu de temps - à peine deux jours et demi - le Pape n’aura délivré autant de messages de paix que ce week-end au Liban. Il est vrai que son déplacement longtemps incertain en raison des tensions dans la région a finalement eu lieu et sans incidents. Mieux cela s’est très bien passé alors que la violence redouble d’ardeur en Syrie voisine et qu’il y a une nouvelle poussée de fièvre dans les difficiles relations entre le monde islamique et l’Occident après la diffusion malencontreuse d’un film choquant pour certains musulmans. Reste que Benoît XVI a réussi le défi. On est loin de la première visite d’un Pape sur place, en l’occurrence Paul VI qui avait fait en décembre 1964 escale à Beyrouth sur la route de Bombay pour y saluer la coexistence harmonieuse de différents religions et communautés considérée alors comme un modèle. Depuis lors, le pays du cèdre s’est aussi embrasé sous l’impulsion des fondamentalistes mais une certaine pacification est intervenue. Benoît XVI a parfaitement intégré cette évolution. C’est pourquoi, samedi au palais présidentiel de Baabda, il a tenu à le souligner et à vanter ce nouvel esprit qui pourrait servir d’exemple pour moult nations du Proche Orient. "Un pays est avant tout riche des personnes qui vivent en son sein. De chacune d’elles et de toutes ensemble dépend son avenir et sa capacité à s’engager pour la paix", a dit Benoît XVI. "Un tel engagement ne sera possible que dans une société unie. Cependant, l’unité n’est pas l’uniformité. La cohésion de la société est assurée par le respect constant de la dignité de chaque personne et la participation responsable de chacune selon ses capacités en engageant ce qu’il y a de meilleur en elle. Afin d’assurer le dynamisme nécessaire pour construire et consolider la paix, il faut inlassablement revenir aux fondements de l’être humain". Pour le Pape, "un mode de vie convivial, serein et dynamique ne peut exister sans la confiance en l’autre, quel qu’il soit. Aujourd’hui, les différences culturelles, sociales, religieuses, doivent aboutir à vivre un nouveau type de fraternité, où ce qui unit est le sens commun de la grandeur de toute personne. Là se trouve la voie de la paix !"

Et d’en venir à la spécificité libanaise: "la Chrétienté et l’Islam habitent le même espace depuis des siècles. Il n’est pas rare de voir dans la même famille les deux religions. Si c’est possible là, pourquoi ne le serait-il pas au niveau de toute la société? La spécificité du Moyen-Orient se trouve dans le mélange séculaire de composantes diverses. Certes, elles se sont combattues, hélas aussi ! Une société plurielle n’existe qu’à cause du respect réciproque, du désir de connaître l’autre et du dialogue continu". Pour le Pape "la liberté religieuse est le droit fondamental dont dépendent beaucoup d’autres. Professer et vivre librement sa religion sans mettre en danger sa vie et sa liberté doit être possible à quiconque".

Mieux "la liberté religieuse a une dimension sociale et politique indispensable à la paix ! Elle promeut une coexistence et une vie harmonieuses par l’engagement commun au service de nobles causes et par la recherche de la vérité."

Après avoir prôné ce modèle, le Pape a franchi un pas de plus lors de l’Angelus, dimanche. Il a en effet appelé les pays arabes "afin qu’en frères, ils proposent des solutions viables qui respectent la dignité de chaque personne humaine, ses droits et sa religion ! Qui veut construire la paix doit cesser de voir dans l’autre un mal à éliminer". Et d’émettre "le vœu qu’en Syrie, au Liban et dans le Moyen-Orient en général émerge le don de la paix des cœurs, le silence des armes et l’arrêt de toute violence" ! Mais le Pape voudrait qu’ils ne restent pas que pieux. Pour la Syrie, il a suggéré "des journées de prières pour les chrétiens et les musulmans".

Samedi lors d’une rencontre avec la jeunesse, il s’était aussi adressé à de jeunes musulmans : "vous êtes avec les jeunes chrétiens l’avenir de ce merveilleux pays et de l’ensemble du Moyen-Orient. La beauté du Liban se trouve dans cette belle symbiose".

"Il faut" avait-t-il ajouté , "que l’ensemble du Moyen-Orient, en vous regardant, comprenne que musulmans et chrétiens, islam et chrétienté, peuvent vivre ensemble sans haine dans le respect des croyances pour bâtir ensemble une société libre et humaine".

Publicité clickBoxBanner