International La défense de Peter Madsen, constructeur de fusées et du sous-marin sombre au gré des découvertes des enquêteurs.  

Par Slim Allagui, cor respondant au Danemark

Comme dans un film d’horreur, les scènes macabres se succèdent dans l’enquête sur la disparition dramatique de la journaliste suédoise Kim Wall au soir du 10 août alors qu’elle effectuait un reportage sur le constructeur d’un sous-marin, le Nautilus, dans le détroit de l’Oeresund, en mer Baltique.

En fin de semaine dernière, les plongeurs de la marine danoise découvrent au fond de l’eau la tête, ses deux jambes, ses vêtements ainsi qu’un couteau enfermés dans des sacs lestés de barres de fer. Un mois et demi plus tôt, son torse était retrouvé à 1 kilomètre de là, par un promeneur dans la baie de Koege, au sud de Copenhague. Pour le chef de l’enquête, Jens Moeller Jensen, "le dénouement est proche". Accusé de cette disparition tragique, le capitaine du submersible Peter Madsen, en prison depuis le 11 août, continue pourtant de clamer son innocence. "C’était un accident. Elle est morte, heurtée par l’écoutille de 70 kilos que je tenais ouverte et qui m’a glissé des mains alors que Kim montait pour accéder à la tourelle", assure-t-il. "Elle est tombée, agitée par des crampes pendant 20 secondes, avant de mourir, la tête en sang", précise-t-il, ajoutant "avoir jeté, quelques heures après, son corps tout entier à la mer".

Pas de fractures

Mais ses explications, qui n’ont guère convaincu les enquêteurs, ont été contredites par les autopsies des membres de la victime.

"Il n’y avait pas de fractures ouvertes sur son crâne ni de traces d’un choc violent", selon les médecins légistes, qui n’ont pas constaté non plus "de traces d’hémorragie cérébrale". Quant à son tronc, il était lardé de 15 coups de couteau, dont 14 au bas-ventre et dans les parties génitales, intriguant les policiers. Les indices de culpabilité s’accumulent contre celui qu’on surnomme "Raket Madsen", ce concepteur de fusées et de sous-marins de 47 ans, dont la défense est de plus en plus fragilisée par les faits et ses tendances sado-masochistes et fétichistes. Ainsi, dans son ordinateur, les enquêteurs ont trouvé des vidéos d’exécutions de femmes pendues, lapidées ou brûlées. "Il s’agit de meurtres réels", assure le procureur chargé de cette affaire, Jakob Buch-Jepsen. "Ce sont des vidéos produites à l’étranger indiquant l’intérêt qu’on porte au fétichisme, à la torture et au meurtre pour la personne qui les visionne", affirme-t-il, lors d’une audience au tribunal, le 3 octobre.

Le choc

Mais l’accusé dément. "Cet ordinateur était accessible à d’autres personnes dans mon atelier, entre autres à un stagiaire", s’est-il défendu. Son ami de longue date Jens Falkenberg, qui l’a aidé à construire le Nautilus, est sous le choc. "Je suis choqué. C’est horrible si Peter a visionné de tels films", confiera-t-il au quotidien BT. "Je n’ai connu qu’un côté de Peter. Il y a apparemment une autre face diabolique que je n’ai jamais découverte", reconnaît-il. L’avocate de l’inculpé, Betina Hald Engmark, qui l’a informé des nouvelles découvertes en mer, n’a pas voulu les commenter. "Nous sommes un Etat de droit, et d’éventuelles preuves doivent être évaluées par la justice", dira-t-elle laconiquement. Prochaine audience le 31 octobre au tribunal de Copenhague pour décider de prolonger ou non le maintien en détention provisoire de Madsen. Les plongeurs, eux, poursuivent leurs recherches pour localiser les bras de Kim Wall, et les policiers leur enquête, de plus en plus persuadés de tenir le vrai coupable, déjà surnommé "le boucher" de l’Oeresund.