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Des forces spéciales israéliennes ont pénétré dimanche dans le centre commercial de Nairobi Westgate pour tenter de mettre fin au siège du bâtiment et secourir les blessés et les otages retenus depuis samedi par un commando islamiste.

"Les Israéliens viennent d'entrer et ils secourent les otages et les blessés," a indiqué à l'AFP une source sécuritaire sous couvert d'anonymat.

"C'est la raison pour laquelle des ambulances sont parties" vers le centre commercial, a précisé cette source, laissant entendre qu'il y aurait très vraisemblablement de nouvelles victimes.

Le "Westgate Mall" est réputé être en partie la propriété d'Israéliens. Interrogé par l'AFPà Jérusalem, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Paul Hirschson, n'a pas souhaité commenter. "Nous n'avons pas pour habitude de commenter une quelconque opération conjointe de sécurité qui pourrait ou non être en cours".

A l'intérieur du centre commercial, la confrontation dure depuis 24 heures entre le commando islamiste et les forces kényanes.

L'attaque, qui a fait au moins 59 morts selon le gouvernement kényan, a débuté samedi après-midi, alors que le centre commercial était bondé de Kényans et d'expatriés venus faire leurs courses du week-end ou qui étaient attablés aux terrasses de cafés.

"La bataille se poursuit"

Les shebab somaliens, liés à Al-Qaïda, ont revendiqué l'attaque en soirée.

"Les moujahidines ont pénétré aujourd'hui vers midi dans Westgate. Ils ont tué plus de 100 infidèles kényans et la bataille se poursuit", ont affirmé les islamistes sur leur compte Twitter, qui a été suspendu dans la nuit.

"Ce que les Kényans voient à Westgate, c'est de la justice punitive pour les crimes commis par leurs soldats" en Somalie "contre les musulmans", ont-ils écrit, rappelant avoir "prévenu le Kenya à de nombreuses reprises".

L'armée kényane était entrée en 2011 dans le sud de la Somalie où elle s'est maintenue depuis, dans le cadre d'une force africaine soutenant le gouvernement somalien et qui a infligé de nombreuses défaites aux islamistes.

"Le message que nous envoyons au gouvernement et à la population kényane est et sera toujours le même: retirez toutes vos forces de notre pays", ont ajouté les shebab.

L'attentat de samedi pourrait être le plus meurtrier à Nairobi depuis une attaque-suicide d'al-Qaïda en août 1998 contre l'ambassade américaine, qui avait fait plus de 200 morts.

Lors d'une allocution télévisée en fin de soirée, le président kényan Uhuru Kenyatta a annoncé un bilan de 39 morts et 150 blessés, précisant avoir "personnellement perdu des membres de (sa) famille" dans le drame.

Des clients et employés du centre commercial, traumatisés et piégés pendant de longues heures dans le centre, ont continué d'en émerger par petits groupes dans la soirée, au fur et à mesure de la lente et prudente progression des forces de sécurité.

Un policier sur place avait parlé dans l'après-midi de "sept otages" aux mains du commando, mais ce nombre pourrait être plus élevé, vu la fréquentation au moment de l'attaque et l'étendue des lieux, un labyrinthe de boutiques en tout genre où il est aisé de se cacher ou de se retrancher.

Une cliente rescapée a indiqué avoir passé six heures à se cacher avant d'être secourue.

"J'étais dans un café lorsque j'ai entendu des coups de feu et des explosions. Ensuite j'ai couru pour me cacher dans un magasin. J'ai passé six heures là-dedans", a raconté la femme.

La panique a éclaté dans des hurlements: pères de famille courant en tous sens avec leurs enfants dans les bras, fuyards à la recherche désespérée d'un abri, victimes ensanglantées et agonisantes sur le sol.

Selon un témoin, les assaillants, parlant l'arabe ou le somali, ont "exécuté" des clients.

Sudjar Singh, qui travaille dans le centre, en a réchappé de justesse. "Les hommes armés ont tenté de me tirer dans la tête mais ils m'ont manqué. Au moins 50 personnes ont été touchées" par des balles, a-t-il raconté à l'AFP.

Quant à Kenneth Kerich, il faisait tranquillement ses courses quand "soudain (...) tout le monde s'est mis à courir" au milieu des coups de feu. Je me suis allongé au sol. J'ai vu deux personnes tomber et saigner, sans doute touchées par des balles", a-t-il dit. "Au départ nous pensions que c'était la police qui affrontait des voleurs...". 

Déclarations du président kényan

"Nos forces de sécurité sont en train de procéder à la neutralisation des assaillants et à la sécurisation du centre commercial", a-t-il dit, alors que les opérations se poursuivaient tard dans la nuit.

Les islamistes shebab somaliens, liés à al-Qaïda, ont revendiqué, sur leur compte Twitter, l'attaque contre le centre commercial de luxe "Westgate Mall".

"Ils veulent créer la peur et le découragement dans notre pays, mais nous ne nous laisserons pas intimider", a lancé M. Kenyatta, ajoutant: "le terrorisme est une philosophie de lâches".

"Je demande à Dieu de vous apporter du réconfort. Mon gouvernement vous apportera le soutien nécessaire dans les jours à venir", a encore dit le président à ses concitoyens.

Deux Françaises tuées, Hollande condamne un "lâche attentat"

Deux Françaises comptent parmi les victimes de l'attaque, un acte qualifié de "lâche attentat" par le président François Hollande qui a exprimé sa "totale solidarité" avec les autorités kényanes.

Dans un communiqué publié peu après 22h30 évoquant cette "attaque terroriste en cours", la présidence française a annoncé que "deux Françaises ont été tuées dans cet acte ignoble qui a déjà fait de nombreuses victimes". Les identités n'ont pas été précisées.

Le président Hollande "condamne avec la plus grande fermeté ce lâche attentat et il partage la douleur de la famille de nos compatriotes. Il exprime sa totale solidarité avec les autorités kényanes", ajoute le texte.

Des Américains blessés dans l'attaque "insensée" du centre commercial 

Un nombre indéterminé de ressortissants américains ont été blessés dans l'attaque samedi d'un centre commercial de Nairobi, a annoncé le département d'Etat américain, qui a condamné un "acte de violence insensé".

L'ambassade américaine au Kenya, qui a été mobilisée pour leur venir en aide, est "également en contact avec les autorités locales et a offert son assistance", précise le département d'Etat dans un communiqué.

"Nous condamnons cet acte de violence insensé au cours duquel de nombreux hommes, femmes et enfants innocents ont été tués ou blessés", déclare le département d'Etat.

Le ministère américain, qui surveille "de près" l'évolution de la situation à Nairobi, n'a pas précisé le nombre de victimes américaines ni leur état de santé.

Un couple belge présent dans le centre commercial a pu s'échapper

Un couple belge était présent samedi dans le centre commercial de luxe de Nairobi. Les ressortissants belges ont pu quitter les lieux sains et saufs, a indiqué le SPF Affaires étrangères, qui n'a pas eu d'autres indications de la présence de Belges sur place.

Quelque 500 Belges se trouvent actuellement au Kenya, dont 300 à Nairobi. Les Affaires étrangères suivent la situation et sont en contact avec la communauté belge présente dans le pays.

Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a condamné l'attaque perpétrée au West Gate Mall de Nairobi. Il présente sa sympathie aux familles des victimes et aux autorités du Kenya, ou il se trouvait encore fin août en visite de travail.

Des Britanniques "sans aucun doute" parmi les victimes de l'attentat à Nairobi 

Des ressortissants britanniques figurent "sans aucun doute" au nombre des victimes de l'attentat meurtrier dans un centre commercial de Nairobi et des diplomates tentent d'obtenir des informations sur toutes les personnes touchées, a déclaré samedi le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague.

"Il y a sans aucun doute des ressortissants britanniques qui se sont retrouvés piégés dans cette attaque et nous devrions nous y attendre", a déclaré M. Hague à la télévision à la suite de l'attentat. 

Deux Canadiens tués 

Deux Canadiens, dont une diplomate, ont été tués dans l'attaque par un commando d'un centre commercial à Nairobi, a annoncé samedi le Premier ministre canadien Stephen Harper.

"Le Canada condamne avec la plus grande fermeté ce geste lâche et haineux", a ajouté le chef du gouvernement canadien.

Parmi les 39 morts de l'attaque menée par une dizaine d'hommes dans un luxueux centre commercial de la capitale kenyanne, "nous pouvons confirmer que deux Canadiens, dont une diplomate canadienne" ont perdu la vie, a indiqué M. Harper.

La diplomate Anne-Marie Desloges, attachée au ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada, "servait le Canada au haut-commissariat du Canada au Kenya en tant qu'agente de liaison avec l'Agence des services frontaliers du Canada", a-t-il ajouté.

"Les attaques terroristes comme celle-ci visent à miner les valeurs et le mode de vie qui sont chers aux Canadiens, et elles réaffirment notre besoin de continuer à prendre des mesures vigoureuses pour protéger la sécurité des Canadiens où qu'ils soient dans le monde", a poursuivi M. Harper dans un communiqué.

L'attaque, qui a été revendiquée par les islamistes somaliens shebab, était toujours en cours dans la nuit de dimanche et le groupe des assaillant retenaient toujours des otages.

"Nous ne pouvons laisser les actes terroristes demeurer impunis", a déclaré Stephen Harper en assurant les autorités kenyanes que les personnels canadiens sur place leur offraient "toute l'aide possible pour que les auteurs de cette attaque haineuse soient traduits en justice"."Les auteurs de cet acte haineux doivent être traduits en justice et nous avons offert notre plein soutien au gouvernement du Kenya pour y parvenir", a déclaré le porte-parole du Conseil national de sécurité, Caitlin Hayden, dans un communiqué.

Les Etats-Unis et le Conseil de sécurité condamnent l'attentat meurtrier au Kenya

La Maison Blanche a qualifié d'"ignoble" l'attentat qui a causé la mort samedi d'au moins 39 personnes dans un centre commercial de Nairobi promettant d'aider le Kenya dans sa lutte contre le terrorisme.

Le Conseil de sécurité a "condamné dans les termes les plus fermes possibles" l'attentat de samedi contre un centre commercial de Nairobi.

Dans une déclaration unanime, les 15 pays membres du Conseil "expriment leur solidarité avec le peuple et le gouvernement du Kenya dans ces heures difficiles".

Ils réitèrent leur condamnation du terrorisme sous toutes ses formes et "leur détermination à le combattre".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi condamné l'attentat, "un acte prémédité visant des civils sans défense". Il a adressé ses "condoléances les plus sincères" aux familles des victimes et au président kényan Uhuru Kenyatta, avec qui il a parlé par téléphone.

"Les Nations unies sont solidaires du peuple kényan", ajoute le communiqué de l'ONU.

Le vice-président kényan demande l'ajournement de son procès devant la CPI

 La défense du vice-président kényan William Ruto, a demandé dimanche l'ajournement de son procès pour crimes contre l'humanité devant la Cour pénale internationale (CPI), pour lui permettre de revenir au Kenya s'occuper de la prise d'assaut du centre commercial Westgate qui a fait au moins 59 morts. "La défense de M. William Ruto réclame urgemment que (...) la Chambre ajourne le procès pour que M. Ruto puisse rentrer au Kenya s'occuper d'une affaire de sécurité nationale extrêmement grave et encore en cours", dit-elle dans sa requête à la CPI. M. Ruto est jugé à La Haye pour son rôle présumé dans les violences politico-ethniques qui avaient secoué le Kenya après l'élection présidentielle de fin 2007, faisant plus de 1.000 morts.