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Après des mois de guerre ouverte entre les partis de la gauche et de la droite italienne, leur mariage de raison, poussé par une situation économique difficile, a finalement donné naissance au tant attendu gouvernement. Un exécutif formé en trois jours par Enrico Letta, homme d’appareil du parti démocrate connu pour ses talents de conciliateur et ses idées modérées.

"Je jure de rester fidèle à la République, d’observer avec loyauté la constitution et les lois, d’exercer mes fonctions dans l’intérêt de la nation" a-t-il déclamé comme l’exige le protocole de la prestation de serment sous les ors du Palais du Quirinale. Une phrase qui prend tout son sens, car c’est bel et bien une nouvelle équipe au service de la nation, il l’a répété plusieurs fois ces derniers jours, qu’a voulu former ce jeune président du conseil.

Un gouvernement des "première fois" car, nouveauté en Italie, on compte sept femmes sur un total de vingt et un ministres. Pour la première fois aussi, l’âge moyen des ministres est de cinquante trois ans et surtout pour la première fois, il compte une ministre de l’intégration d’origine congolaise, Cécile Kyenge. "Ma présence dans le gouvernement représente un pas décisif pour changer concrètement l’Italie, et c’est aussi la preuve que l’intégration existe déjà notre pays" a-t-elle déclaré dans la presse italienne. Un choix qui a provoqué la réaction haineuse de la Ligue du Nord : "Nous sommes prêts à faire opposition complète au ministre de l’intégration, symbole de la gauche hypocrite, qui veut annuler la loi sur le délit de clandestinité et qui pense que les immigrés ont seulement des droits et non des devoirs" a répondu Matteo Salvini du parti régionaliste xénophobe. Une réaction qui explique peut-être pourquoi sur la photo de famille de ce nouveau gouvernement, Cécile Kyenge se trouve placée entre le président du conseil et Giorgio Napolitano !

Mais l’équipe est avant tout le fruit d’un savant mélange de diplomatie politique et internationale. Les deux principales formations, le parti démocrate et le peuple de la liberté, ont décidé d’envoyer, à la demande d’Enrico Letta, des visages nouveaux pour répondre aux attentes de changement des électeurs. Le bras droit de Silvio Berlusconi, Angelino Alfano, est vice-Premier ministre pour contrebalancer le poids d’Enrico Letta. Mais surtout la présence d’Emma Bonino, aux Affaires étrangères et de Fabrizio Saccomani, qui de la banque d’Italie passe à l’Economie, prouve que l’Italie veut continuer à compter sur la scène européenne après la parenthèse de Mario Monti.

Plus de croissance, moins d’austérité

Mais la coïncidence des deux événements, cet acte violent et la prestation de serment des ministres, est assez troublante car ce nouveau gouvernement a la mission délicate de faire repartir économiquement l’Italie plongée dans une récession profonde, le chômage n’en finit pas d’augmenter provoquant des drames sociaux.

Ce lundi, le gouvernement présentera son programme politique au parlement, les Italiens espèrent qu’il sera focalisé sur la relance économique, la lutte contre le chômage et un allégement des mesures d’austérité. "Si le gouvernement n’agit pas en annulant immédiatement la taxe sur le cadastre, comme nous l’avons promis aux Italiens pendant la campagne électorale, nous ne voterons pas la confiance" a déjà menacé Renato Brunetta, un des faucons du parti de Silvio Berlusconi. Une phrase qui sonne déjà comme la fin de la période de grâce avant même que cet exécutif n’entame son parcours. Trouver le juste équilibre entre les réformes voulues par la gauche et par la droite, tout en respectant les engagements européens pris par l’Italie pour résoudre son énorme problème d’endettement public, voilà la tâche d’Enrico Letta, l’homme discret !