International Correspondante à Jérusalem

Benjamin Netanyahou n’a toujours pas décidé si Israël allait prochainement attaquer l’Iran, mais il continue à en envisager la possibilité. C’est lui-même qui l’a dit à Barack Obama lors de leur sommet, lundi à la Maison-Blanche.

Pourtant, M. Obama a insisté sur son opposition à une telle attaque et souligné qu’il tenait à épuiser la voie diplomatique. Le Président américain a même rejeté l’exigence du Premier ministre israélien de hausser le ton à l’égard de Téhéran (NdlR : dont l’agence de presse a rapporté mardi que l’Iran autorisera, à une date non précisée, des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique à se rendre sur le site militaire de Parchin). C’est-à-dire, de lui adresser, dès à présent, en parallèle avec la voie diplomatique, une menace explicite d’intervention militaire américaine. Mais précisément à cause de cela, le danger va croissant aux yeux de M. Netanyahou. Le public israélien n’exclut donc pas de se voir plongé, d’ici quelques mois, dans une nouvelle guerre.

M. Netanyahou rentre néanmoins des Etats-Unis, ce mercredi, satisfait. Selon ses propres dires à Washington, il se targue de trois acquis. Primo : d’avoir fait comprendre au président américain que l’Iran était déterminé à effacer l’Etat juif de la carte. Secundo : d’avoir fait accepter à M. Obama qu’Israël demeurait résolu à se défendre par lui-même, en "maître de son destin" . Tertio : et surtout, d’avoir relégué le dossier palestinien au second plan du dialogue israélo-américain et imposé le nucléaire iranien en tête de l’agenda international.

Mais les divergences fondamentales subsistent. Certes, MM. Obama et Netanyahou se sont trouvés en accord sur leur but ultime : ne pas tolérer un Iran nucléarisé. Ils ont convenu de renforcer la coordination israélo-américaine, avec des contacts qui vont se poursuivre au plus haut niveau politico-sécuritaire pour affiner les évaluations de la situation. Mais à en croire des sources américaines, ils n’ont pas pris d’autres décisions opératives.

Car les deux leaders restent divisés sur l’essentiel : la stratégie et le calendrier à suivre pour atteindre leur but ultime. C’est-à-dire sur l’efficacité des sanctions contre Téhéran et sur l’imminence de la menace iranienne. Tout en ne s’opposant pas à la poursuite des efforts diplomatiques des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine et de l’Europe, le Premier ministre israélien a souligné qu’il refusait d’y croire, contrairement au président américain.

Pas d’entente non plus sur ce que devrait être "la ligne rouge" iranienne qui dicterait une action militaire de la part d’Israël et/ou des Etats-Unis. L’administration Obama maintient qu’elle ne dispose toujours pas d’informations confirmant que l’Iran a décidé d’aller jusqu’à la construction concrète d’une bombe atomique. Le gouvernement Netanyahou rétorque que l’Iran n’est plus qu’à quelques mois de la capacité nucléaire et que cette capacité en elle-même est déjà une menace suffisante, même sans arsenal fin prêt.

Côté israélien, l’on invoque à ce propos le rapport qu’a précisément donné lundi le directeur général de l’AIEA. Celui-ci "s’inquiète sérieusement " des éventuelles dimensions militaires du programme nucléaire iranien et signale que Téhéran a récemment triplé sa production mensuelle d’uranium hautement enrichi.

Mais, côté américain, l’on continue à insister sur le coût humain qu’une opération militaire contre l’Iran risquerait d’entraîner pour Israël, ainsi que le coût économique qu’elle entraînerait à la fois pour Israël et pour les Etats-Unis.

Rappelons qu’à l’intérieur d’Israël, beaucoup d’experts demeurent convaincus qu’aucune frappe israélienne en Iran ne pourra complètement éliminer le programme nucléaire de Téhéran. Une attaque israélienne dans les mois à venir ne retarderait ce programme que de quelques années, tout en risquant de causer un dangereux conflit régional.